L’Arnaque de la France coloniale en Kanaky

Jouer la montre, c’est la méthode employée par la France pour maintenir sa mainmise politique, économique et culturelle sur La Nouvelle Calédonie où les troupes de Napoléon III ont mis les pieds en 1853 et annexé le « cailloux ». Les accords de Matignon de 1988 prévoyaient un référendum en 1998 reporté, cette année là, de 10 ans par les accords de Nouméa.


C’est donc 58 ans après le vote de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations Unies, sur « le droit à l’indépendance des peuples et des pays coloniaux », l’État français met en œuvre sa nouvelle version de confiscation de l’autodétermination des peuples qu’il a colonisés, différente de celle utilisée aux Comores en 1975. Grâce à sa colonisation de peuplement, des ressortissants du peuple du pays colonisateur et des communautés régionales « installées » pour travailler dans les mines, pourront s’exprimer sur le devenir du peuple et du pays Kanak!

Depuis la modification de la loi en 2018, les électeurs ayant le statut de « droit coutumier » ne représentent que 39%. Sur la population totale de 268 700 habitants, le collège électoral est de 210 105 personnes dont 174 000 sont appelées à voter lors du référendum. C’est donc la quasi-totalité des électeurs présents qui pourront s’exprimer. Mina Kherfi, militante de la cause kanake ne décolère pas : « Ils ont truffé la liste électorale de métropolitains récemment arrivés, au-delà de ceux admis par le FLNKS dans les accords de Matignon et de Nouméa. Aucun des recours engagés par les indépendantistes pour dénoncer des cas flagrants n’a abouti. La France est juge et partie dans l’affaire ».

Ce 19 septembre à la Bourse du Travail de Paris, devant une assemblée de nombreux militants, André Forest président du l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités) rappelle les nombreux soulèvements populaires qui ont eu lieu entre 1917 et 1980 contre sa situation de domination et de marginalisation. Il dénonce la nouvelle manipulation des listes électorales où manquent nombre de Kanaks alors que des Français nouvellement arrivés y figurent. En 1983 quand l’idée d’un référendum est évoquée les indépendantistes ont accepté le vote pour les descendants des bagnards, de leurs gardiens et des agriculteurs des premières colonies de peuplement. Aujourd’hui d’extension en extension, le peuple colonisé est devenu minoritaire. La composition des parties appelées à négocier induit déjà le compromis final : Indépendantistes – Loyalistes – État français (qui se prétend l’arbitre). Si les indépendantistes sont représentés dans les instances mises en place dans les accords de 1988 et 2018, ils y sont minoritaires. André Forest dénonce la tentative d’assimilation. « L’acculturation est la question cruciale pour dissoudre les Kanaks dans un peuple calédonien. Or l’identité de notre peuple est importante, elle traverse toute notre vie ». Rock Haocas, du Parti Travailliste évoque la déshérence des jeunes dont seulement 3% disposent d’un diplôme supérieur. Ceux qui viennent se former en France ne trouvent que des emplois d’exécution à leur retour. Il dénonce le manque de visibilité des Kanaks dans la fonction publique, les entreprises de transport locales sont éliminées dans les zones portuaires, la paupérisation particulièrement importante dans les îles où ils sont majoritaires. Quant aux trois usines du sud, elles rejettent leurs acides dans le lagon classé au patrimoine de l’Humanité.

Le peuplement, un classique de la colonisation
Pierre Mesmer, un expert du genre, dans sa circulaire de 1972 donnait des instructions claires au haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie : « faire du blanc ».
Aujourd’hui les Kanaks représentent 39,05% de la population (contre 44% en 1996), les européens 27,241%, les populations océaniennes de Wallis-et-Futuna 8,16%, de Tahiti, d’Indonésie, du Viet Nam et du Vanuatu 5,43% les autres ou non déclarées 20,14%.

Après avoir ajourné la tenu du référendum d’une dizaine d’années Le tour est joué, à la notion de droit du peuple colonisé à s’autodéterminer, la France coloniale substitue la notion de droit du peuple calédonien à s’exprimer. Le FLNKS qui a signé les accords n’en remet pas en cause les applications pernicieuses. Compte-t-il sur la clause étonnante de la tenue possible de deux autres scrutins à deux ans d’intervalle si les 2/3 des membres du Congrès de la Nouvelle Calédonie le réclament dans le cas du rejet de la « pleine souveraineté » lors de ce scrutin ?
Pour leur part, l’USTKE et PT appellent à l’abstention… La division affaiblit indiscutablement le mouvement indépendantiste, mais les militants assurent que la lutte ne s’arrêtera pas le 4 novembre 2018.

Michèle Decaster

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