« Îles Éparses » malgaches. Hold-up néocolonial contre Droit et Souveraineté

La France, ancienne puissance colonisatrice, reste un acteur majeur des enjeux contrariant la souveraineté nationale malgache : le retour dans l’actualité de la question des dites-« îles Éparses » en atteste.


Toutes à l’intérieur des 200 milles marins de la Zone Economique Exclusive (ZEE) de Madagascar, les « îles Éparses malgaches de l’océan Indien » sont Europa, Bassas da India et Juan de Nova d’une part, situées dans le canal du Mozambique, et Glorieuses au nord de la Grande Île. Dès avant la colonisation, ces îles étaient identifiées respectivement Ampela, Bedimaky, Nosy Kely, Nosy Sambatra par les Malgaches…

Sous la colonisation, ces îles et Les Comores faisaient partie de l’entité « Madagascar et Dépendances ». En juin 1960, plus précisément deux jours seulement avant l’indépendance formelle de Madagascar !, ces îles ont été retirées de la souveraineté malgache par la France. L’intérêt géopolitique des îles Éparses et de la Zone économique exclusive où elles sont situées dans l’océan Indien est central : elles sont sur une zone pourvue de gisements offshore de gaz et de pétrole et étant, par ailleurs, une importante route maritime qui permet de relier l’Asie et le Moyen-Orient à l’Europe et l’Amérique… une zone stratégique où la France veut absolument rester souveraine face aux autres puissances concurrentes. Ces îles lointaines qui faisaient partie auparavant des « territoires résiduels de la République » (française) constituent, depuis 2007, l’un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), une des composantes du « Deuxième domaine maritime du monde ».

Madagascar revendique la restitution de ces îles depuis 1973, année des négociations pour le renouvellement des accords de coopération franco-malgache de 1960. Après que, en 1978, l’Organisation de l’unité africaine a invité la France à les rétrocéder à Madagascar, l’État malgache a porté devant l’Organisation des Nations Unies en décembre 1979 la revendication de sa souveraineté sur ces îles : l’ONU a adopté la résolution 34/91, « invitant le Gouvernement français à entamer sans plus tarder des négociations avec le Gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar » ; la même résolution de l’ONU reconnaît cette séparation comme constitutive d’une violation du principe de respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’État malgache. Pour le journaliste Richard Labéviaire, « Historiquement, (la revendication malgache) est parfaitement fondée… Il est clair que, devant une cour arbitrale, il y a fort à parier que la France perdrait cette confrontation » On comprend pourquoi la France néocoloniale fait le dos rond depuis plus de quarante ans. Le journaliste, très proche des milieux militaires français invoque aussitôt après avoir reconnu cet évident aspect du droit international, la nécessaire « sauvegarde maritime dans cette zone et notamment la police des pêches. Or, la marine malgache ne dispose pas de moyens suffisants, des avions, des patrouilleurs, des escorteurs, pour faire la police des pêches et pour maintenir le droit international de la mer dans cette zone fortement criminogène. » (RFI, 23 juin 2020).

Si l’idée sarkozienne d’une cogestion de ces îles a été acceptée par les derniers régimes malgaches. Le putschiste de 2009, Andry Rajoelina, élu président de la République en novembre 2018, continue l’« ouverture économique » décomplexée engagée par ses prédécesseurs ; il cherche à construire une légitimation-vitrine nationaliste en instrumentalisant la revendication de la rétrocession de ces îles. Harcelé par la revendication maintenue de la restitution des îles éparses, ce dernier a abordé le sujet avec Emmanuel Macron au cours de sa visite officielle à Paris en mai 2019.
À l’issue de leur rencontre, les deux chefs d’État ont annoncé la mise en place d’une commission mixte pour discuter de l’avenir de ces îles, avec la perspective de la présence du président français, comme invité d’honneur, aux festivités du 60ème anniversaire de l’indépendance de Madagascar. Mais un an après, les deux pays campent toujours sur leurs positions et rien n’a vraiment avancé depuis la première session de la commission mixte sur le sujet en décembre dernier. Une deuxième session, prévue à Paris, ne s’est jamais tenue : la provocation néocolonialiste « Ici, c’est la France ! » de Macron en visite aux Glorieuses le 23 octobre 2019 a provoqué une forte irritation diplomatique côté malgache avec convocation de l’ambassadeur de France par le ministre des Affaires étrangères. Le 11 mai dernier, Rajoelina, interrogé sur RFI-France 24, a plaidé pour une « solution rapide qui satisfera la demande de restitution » ; le même jour, une consultation publique au sujet d’un projet de décret relatif à la création de la « réserve naturelle nationale de l’archipel des Glorieuses » a été lancée par le ministère français de la Transition écologique : une escalade de plus !… Ce 26 juin, la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance de Madagascar s’est faite sans Macron qui devait en être l’invité d’honneur…

Affaire à suivre !

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