Le film L’Odyssée de Christopher Nolan contribue à normaliser l’occupation du Sahara occidental
Le Maroc qui a fait main-basse sur Dakhla et sa lagune depuis bientôt soixante ans, l’offre en pâture au tourisme de luxe et à la Jet Set. Il organise dans ce cadre magnifique, cérémonies et rendez-vous internationaux pour accréditer l’idée qu’il est chez lui. Il ne manquait plus à la forfaiture que transformer ce paysage spectaculaire en décors de cinéma pour camoufler les crimes coloniaux qui s’y sont déroulés, la répression et l’ostracisme que subit toujours la population sahraouie.
Pour que le crime soit parfait, le régime colonial a cherché à effacer toute trace des années noires du règne du dictateur Hassan II. En 2004 il a fait raser l’ancienne caserne espagnole, où l’armée marocaine a enfermé et torturé des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sahraouis dont nombre ont disparu à jamais. C’est sur cette grande esplanade vide qu’en août 2010 Brahim Sabbar, décrivait ce lieu où il a été enfermé à l’âge de 22 ans, d’août 1981 à février 1983, avant son transfert au Maroc dans le bagne secret de Galaat M’Gouna, d’où il sortira en juin 1991. Dans cette capture vidéo le militant décrit les lieux et leurs fonctions, ignorant la surveillance policière qui nous filmait aussi… https://afaspa.com/wp-content/uploads/2026/07/MVI_4478.avi
La superproduction de Christopher Nolan, L’Odyssée, sort en salle dans le monde entier à quelques jours du Festival international du film du Sahara, FiSahara, qui se tient tous les ans en août depuis 2003 dans les campements de réfugiés sahraouis en Algérie. FiSahara fait du cinéma un outil de mémoire, de résistance culturelle et de défense des droits humains. C’est pourquoi il dénonce :
Il y a un an le choix de tournage de scènes à Dakhla avait été dénoncé. Aujourd’hui le débat autour de L’Odyssée ne concerne plus seulement le cinéma, il concerne aussi le droit international, la mémoire coloniale et la manière dont une grande production culturelle peut participer, volontairement ou non, à l’effacement d’un peuple qui revendique depuis 1973 son droit à l’autodétermination.
C’est une alerte contre l’utilisation du cinéma comme instrument involontaire de blanchiment politique. Le boycott demandé n’est pas une attaque contre le cinéma.
À l’approche du 17 juillet 2026, la question posée au public francophone est simple : regarderons-nous L’Odyssée comme un simple spectacle, ou regarderons-nous aussi ce que ses images peuvent cacher ?
Le Sahara Occidental n’a pas besoin d’être transformé en décor exotique. Il a besoin que son peuple soit entendu.