Une triste nouvelle endeuille le peuple sahraoui et tous ses amis de par le monde

L’AFASPA présente ses condoléances attristées à sa famille et à son peuple qui viennent de perdre un homme, un militant qui a voué sa vie et son énergie à la libération de son pays du joug colonial. Outre ses qualités d’homme politique, c’est sa gentillesse et son humilité qui le rendaient attachant dans les rencontres que nous avons eues tout au long de ses années de compagnonnage avec le peuple sahraoui. Nous publions deux témoignages qui ont été largement diffusés dans les réseaux l’un de ZENAN MOHAMED BEAHIMI, un de ses compagnons et l’autre de Gilles Devers, avocat, du Polisario et ami solidaire des Sahraouis.


En m’annonçant aujourd’hui, 1° Avril le décès de Mhamed Khadad, la nouvelle m’est tombée sur la tête comme un couperet. Je ne pouvais pas y croire. Non Mhamed n’est pas mort. Ce devait être un gros poisson d’avril ! Il ne peut pas laisser en si bon chemin tant de dossiers orphelins que lui même à réussi à mettre sur pied ou accompagné dès leur première gestation.

Jamais Christophe Colomb, Marco Polo et Magellan ont parcouru réunis tant de kilomètres comme l’a fait Mhamed Khadad pour diffuser la cause de son peuple à travers le monde.

Orateur de haut niveau, parlant avec aisance quatre langues étrangères, Mhamed Khadad a le don de convaincre ses interlocuteurs et de forcer leur admiration et apathie pour son humilité, sa simplicité et ses compétences intellectuelles reconnues.

Que Dieu me pardonne ce parallélisme: si le prophète Mohamed est l’envoyé de Dieu pour propager l’islam parmi toute l’humanité, Mhamed Khadad a été pour le peuple saharaoui le messager pour faire entendre sa voix dans toutes les contrées du Monde. Là où à passé Mhamed Khadad, il a semé la concorde, la confiance, la rectitude, l’attachement à la cause nationale, le dédain des faveurs matérielles et ce, le long de son parcours de Responsable du Département Europe au Coordinateur avec la MINURSO en passant par les postes d’ambassadeur, Wali, Directeur de la Sécurité nationale, Responsable du Recensement Général, Chef de la Commission d’identification avec l’ONU, et Président de la Commission des Relations Extérieures du Front Polisario.

Partout Mhamed Khadad a laissé ses empreintes de gérant hors pairs, d’un compagnon jaloux sur les acquis de son peuple, d’un frère, d’un père toujours prêt à se sacrifier pour les autres et pour qui l’intérêt général prime sur toute autre considération.

Mhamed Khadad est toujours là avec son aiguille et fil à coudre pour raccommoder, rapiécer ce que les Nations Unies et leurs sous traitants français et marocains ont cherché coûte que coûte à défaire.

Aux Nations Unies ou dans les autres forums internationaux, Mhamed Khadad s’est toujours distingué par ses discours dithyrambiques mettant en échec les prétentions annexionnistes de l’occupant marocain.

En Europe, il a dirigé avec brio la bataille juridiques la spoliation par le Maroc des ressources naturelles, halieutiques et minières, ce à quoi a répondu favorablement la Cour de Justice Européenne en reconnaissant le statut distinct du Sahara Occidental et que par conséquent le Maroc ne dispose d’aucune souveraineté sur le territoire sahraoui.

Avec les différents Envoyés Personnels du Secrétaire Général des Nations Unies et de ses Représentants Spéciaux, Mhamed Khadad à toujours été l’interlocuteur principal et incontournable. Tous reconnaissent en l’homme sa parfaite maîtrise des dossiers internationaux, sa facilité de convaincre sur la justesse de la cause de son peuple.

On ne dira jamais assez que l’homme fut l’architecte de l’édifice des négociations depuis Bamako (Mali) en 1978 jusqu’au jour où il rendit son dernier souffle.

Dans son bureau modeste à la Direction Générale du Recensement, on le voit toujours, au milieu de son équipe, pointé devant son ordinateur pour réviser, corriger les listes ou participer activement à la confection des pièces d’identité nationales et des passeports.

Non ! Mhamed, tu nous a privé des boutades qu’on se faisait chaque 1°Avril. On riait, on se marrait. Te rappelles-tu ?
Personnellement, je ne crois plus à ce triste jour du 1°Avril où on a berné les drapeaux, où tout le peuple sahraoui a pleuré l’homme qui lui est plus cher, l’homme sincère, l’homme rassembleur, le leader incontestable et incontesté.

Adieu Mhamed. Que ton âme repose en paix et que le Tout-Puissant t’accorde toute sa Miséricorde et Compassion.
Nous sommes à Dieu et à Lui nous revenons.

ZENAN MOHAMED BEAHIMI

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Les paroles de sa fille Hassina :

« Ne pleurez pas, Mhamed Khadad vit sur le drapeau de la République arabe sahraouie démocratique.

Il vit dans le deuil noir pour les nôtres emprisonnés et disparus.

Il vit dans le rouge du sang versé par tous ceux qui se sont battus et se battent encore pour notre juste cause.

Il vit dans l’espoir vert qui nous conduira à la souveraineté totale sur nos ressources et nos territoires.

Il vit dans tout ce qu’il a donné dans la vie.

Sahara occidental ne pleure pas, Mhamed Khadad vit et vivra dans la mémoire de ton cœur, dans les siècles des siècles.

À bientôt, militant, toujours à toi, ton Hassouna pour toujours ».

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Cabinet d’avocats Gilles DEVERS

Le départ de M’hamed KHADDAD nous plonge dans une infinie tristesse, et je présente mes plus sincères condoléances à sa famille, ses amis et son peuple.

Cela fait huit ans que très régulièrement, nous avions à travailler ensemble pour défendre l’application du droit sur le territoire du Sahara occidental. Depuis le premier jour, cette rencontre a été un bonheur. Lors de notre première rencontre, M’hamed a su, comme personne, me faire comprendre en quelques heures ce qu’était le peuple Sahraoui, et pourquoi il n’y avait d’autres voies que l’application stricte du droit international pour défendre son droit à l’autodétermination.

M’hamed avait une connaissance encyclopédique du dossier, sur tous les aspects. Il s’est montré remarquablement disponible pour comprendre les contraintes des procédures en droit européen. À chaque étape, c’étaient des discussions approfondies, car l’action juridique n’a de sens que si elle est au service de l’action politique, et il fallait la meilleure des coordinations. Cet homme qui savait tant, qui avait vu tant de choses, était toujours curieux d’apprendre et de découvrir, et il expliquait souvent que pour atteindre la victoire, il fallait que nous soyons plus connaisseurs et plus rapides que les forces adverses. Devant les auditoires les plus divers, il savait en quelques minutes brosser une analyse politique limpide, identifiant les rapports de forces et les voies à rechercher.

Je garde comme un souvenir inégalé, avec une émotion intacte, la lecture de l’arrêt du 21 décembre 2016 de la Cour de Justice, à Luxembourg. Je l’entends encore analyser à voix basse au fur et à mesure de sa lecture : « deux territoires distincts et séparés, occupation militaire, résolution 34/37, consentement du peuple Sahraoui… c’est excellent, excellent ».

Ce travailleur infatigable était toujours disponible, et il ne négligeait aucun effort. Devant une vie si noble et une personnalité si riche, c’est ce soir mon admiration qui domine, mais il y a aussi une rage devant ces adversaires sans scrupules, qui ne tiennent leur pouvoir que par le vol de la richesse d’un peuple. C’est une rage profonde car la coalition des intérêts criminels a empêché M’hamed de connaître l’indépendance de son pays.

Cette injustice, qui frappe dans son entier un peuple pacifique, uni et respectueux du droit, ne fait que redoubler ma détermination. Dans mes yeux, le visage de M’hamed est désormais gravé sur toutes les pages de nos actes de procédure, et je veux dire à sa famille et au peuple Sahraoui que celui qui a été pendant ses huit ans un ami de tous les jours, a été pour moi le meilleur des professeurs de politique. C’était un vrai artisan de la paix, sa confiance m’a porté, et oui, nous n’aurons de repos qu’avec l’indépendance.