La Lettre de l’AFASPA mars 2020

Alors que près de 3 milliards d’habitants de la planète sont appelés à se confiner pour éviter la propagation du Covid-19, l’Afrique qui compte déjà 4 282 cas recensés et que 134 décès ont été recensés dans 46 pays contaminés, selon le bilan donné hier dimanche 29 mars par le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine.


Les populations africaines confrontées au Covid-19

Au vu des conditions de la prise en charge de la pandémie en France avec des « hôpitaux mis à genoux » par les restrictions financières et un pouvoir resté sourd aux alertes des professionnels de santé, on n’ose imaginer ce qui se profile en Afrique où les Plans d’ajustement structurels sévissent depuis une trentaine d’années aux effets dévastateurs sur le système de santé.

Le Directeur général de l’OMS évoquait en début de semaine son inquiétude au sujet de la vulnérabilité des populations africaines, au vu des infrastructures de santé, des conditions de vie et de l’état de santé déjà impacté par des maladies graves. Selon l’Unicef 63% des africains en zone urbaine ne peuvent pas se laver les mains avec du savon.
Quels moyens pour une information claire et sérieuse sur les conditions de propagation du virus pour combattre le déni de sa dangerosité, pour bannir les gestes habituels ou comportements à risques, de même que les fausses solutions diffusées par les obscurantistes de tout poil et parfois des autorités elles-mêmes comme au Burundi (où aucun cas n’est encore détecté). On y a interdit les rassemblements sauf les matchs de foot et les lieux de culte, arguant de la protection de Dieu. A Khartoum des étudiants ont entrepris de donner une information dans les quartiers défavorisés en imprimant des affichettes et en donnant une information aux habitants leur permettant de se protéger individuellement et collectivement. Dans plusieurs pays des artistes ont créé des chansons pour sensibiliser la jeunesse. Au Sénégal le chanteur Fou malade, militant de Y en a marre, a créé un clip bilingue « Fagaru »(se prémunir) Wolof/Français très bien fait. Au Burkina Faso c’est Smarty la légende du hip hop qui a composé « Monsieur Rumeur finira par enterrer l’Afrique » pour une prise de conscience et combattre les rumeurs infondées.

Comment pratiquer les gestes barrières à adopter quand on n’a pas accès à l’eau courante ? Comment cesser les activités qui rapportent de quoi nourrir la famille au jour le jour ? Comment se confiner dans une baraque de tôle quand on habite dans un bidonville comme c’est le cas pour 1/5 de la population an Afrique du Sud où 55% de la population vit sous le seuil de pauvreté ?

Les inégalités dans l’accès à l’éducation seront accentuées avec la suspension de la scolarité pour 104 millions d’enfants dans le primaire et le secondaire, malgré les alternatives mises en œuvre par des enseignants qui ne toucheront pas l’ensemble des élèves. On estime qu’en temps normal ils bénéficient entre 900 et 1000 heures d’enseignement annuel. Cette année ils auront difficilement 600 heures. Le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Mali et la Sierra Leone ont repris des programmes radiophoniques qui avaient été organisé pendant l’épidémie de fièvre Ebola.
Le 26 mars le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine annonçait que 46 pays d’Afrique étaient touchés par la pandémie, et que 2819 cas de coronavirus avaient été confirmés et que 73 personnes en étaient décédées. Pourtant la réaction des pays est inégale.
Au Mali où le premier cas a été détecté le Président a décidé de maintenir les élections législatives de dimanche alors que les modalités de déroulement du scrutin sont propices à des contacts dangereux tant pour les électeurs que pour les personnes qui tiennent les bureaux de vote. Dans le pays il n’existe qu’un seul respirateur et une vingtaine de lits de confinement, le ministère de la Santé indique qu’il ne dispose que de 600 litres de gel hydro-alcoolique, malgré « un besoin de 500 000 litres », de 59 « thermoflash » pour prendre la température, alors qu’il en faudrait 20 000, de 2 000 kits de tests et d’aucune caméra thermique adaptée. En juillet 2019 les personnels du CHU Gabriel Touré ont fait plusieurs semaines de sit-in pour réclamer les moyens de soigner les malades « C’est l’hôpital le plus le plus important et le plus fréquenté du Mali. Il reçoit 100.000 patients par an, aujourd’hui trouver de l’alcool pour les soins, une paire de gants ou un simple papier pour faire la radiographie est un luxe », expliquait Djimé Kanté, du syndicat des travailleurs du CHU.

Le Secrétaire général de l’ONU A Guterres, a lancé sur RFI et France 24 un appel le 27 mars à l’adresse des pays du G20 « qui représentent 80 % de l’économie mondiale et 90 % des infections. Ils doivent se coordonner pour briser cette évolution et trouver des traitements et vaccins ». Le coronavirus a déjà fait 25000 morts dans le monde, et 3426 cas sont avérés en Afrique où 94 personnes sont décédées. Pour A.Guterres, « l’Afrique doit être la priorité de la communauté internationale » car les capacités de réponse au virus sont faibles. Il plaide pour « un investissement massif » dans des tests de dépistage, des respirateurs, des masques et des blouses pour protéger les personnels de santé. « Ça doit être une priorité absolue car il est encore temps, à mon avis, d’éviter le pire. Sans cette mobilisation gigantesque, je crains qu’on ait en Afrique des millions et des millions de personnes infectées ».

Selon lui, il faudrait environ 3000 milliards de dollars soit l’équivalent de 10 % du PIB mondial, pour endiguer la pandémie dans les pays en développement, et notamment en Afrique.

Son appel sera-t-il entendu ? Quand on voit à quel point les délocalisations de fabrication de matériels nécessaires aux structures de santé pour raison de rentabilité financière ont rendu dépendants les pays industrialisés, on imagine mal leur empathie pour les populations du Sud. Mais attention, ce qui se passe actuellement qui contraint au confinement 2 milliards d’êtres humains dans le monde, démontre que la mondialisation n’est pas qu’économique. C’est ce que suggère le Secrétaire général de l’ONU quand il parle de la dissémination «sans limite comme celle-là, les risques de mutation sont plus grands. Et s’il y a une mutation, alors tout l’investissement que nous sommes en train de faire pour les vaccins sera perdu et la maladie reviendra du Sud vers le Nord. C’est dans l’intérêt des pays du Nord de faire cet investissement en Afrique ».

Le risque d’une mutation naturelle du virus grandit. Or une nouvelle souche de Covid-19 ne serait pas forcément sensible à un traitement ou à un vaccin élaboré contre une souche antérieure du virus.

Quant à l’appel au cessez-le-feu mondial qu’il a lancé ce lundi 23 mars, Antonio Guterres reconnaît un risque d’échec. « Tous mes représentants spéciaux et les chefs des opérations de maintien de la paix sont engagés dans des négociations pour transformer cet appel en acceptation de cessez-le-feu ». Le principe en a d’ailleurs été accepté au Yemen, par quelques acteurs en Syrie, et même en Libye, au Cameroun et aux Philippines. Mais « entre l’acceptation du principe et l’application concrète du cessez le feu, il y a un énorme travail a faire. Et il faut que tout le monde comprenne que notre ennemi, c’est le virus et pas les hommes et femmes qui sont en conflits ».

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« L’urgence, ici, appelle un panafricanisme réel, robuste »
Jean-Baptiste Placca, chroniqueur à RFI répondait le 21 mars aux questions de Laurent Correau.

Au-delà, justement, de la litanie plus ou moins effrayante des chiffres sur les ravages de ce virus, ces noms de célébrités viennent donner corps, dans les esprits, au Covid-19. Au rythme auquel se répand le mal, la vulnérabilité de l’Afrique apparaît sous un jour de plus en plus angoissant. Car le continent n’a jamais autant eu besoin de se ressaisir, jamais été, à ce point sommé de se réinventer. Mais pas par de timides réformes sans lendemain. Non ! L’urgence, ici, appelle un panafricanisme réel, robuste. Pour ne pas sombrer dans des circonstances comme celles que nous vivons, les nations se doivent, avant tout, d’accepter qu’elles n’ont aucun avenir durable dans de squelettiques chevauchées solitaires.

Et la plupart des États plus ou moins chétifs qui constituent l’Union africaine sont plus précaires que jamais. Car très peu ont les moyens de faire face, seuls, aux exigences de dangers comme celui-ci. Et lorsque, face à l’ampleur de la pandémie, les Chinois en moins d’une semaine, construisent, seuls, un hôpital comme l’Afrique en compte peu, les Africains ne peuvent que conclure à la nécessité, pour leurs nations, de se fédérer, si elles veulent survivre.
Admettez que les gouvernements font tout de même ce qu’ils peuvent ?

Sauf que les enjeux, ici, se situent dans des sphères bien plus élevées que ce que peuvent plus ou moins les gouvernements. Et d’ailleurs, vous aurez observé que certains régimes n’ont même pas été capables de simplement dire aux populations l’attitude à tenir. Comme par hasard, c’est presque toujours ceux qui déploient tous les moyens pour s’accrocher indéfiniment au pouvoir qui sont les plus lents à assumer les responsabilités allant avec le pouvoir en question. Plus prompts à précipiter l’organisation d’élections bourrées d’arrière-pensées qu’à répondre aux besoins impératifs de leurs peuples, plus habiles à priver leurs adversaires politiques de liberté qu’à assurer la santé à leurs concitoyens.

L’annonce de la fermeture de certaines frontières a même ramené quelques peuples à d’angoissantes perplexités, tant ils sont dépendants de leurs voisins. Aucun pays, sur ce continent, ne se suffit à lui tout seul. Mais, sans revenir aux temps immémoriaux, où les bergers passaient les frontières avec leurs troupeaux, sur la seule base d’une géographie des verts pâturages, les États africains ont l’obligation de s’extirper de la balkanisation léguée par la colonisation, pour se hisser à la périphérie des États-Unis d’Afrique. Pour reprendre le mot d’ordre et titre de l’ouvrage du Dr Kwame Nkrumah, l’Afrique, à la sortie de cette pandémie, doit, pour ne pas mourir, absolument s’unir.
En quoi cela règlerait-il des problèmes comme ceux de la pandémie à laquelle elle est confrontée ?

Il n’est pas pensable que l’Afrique, à chaque crise, doive se tourner vers d’improbables générosités venues d’ailleurs, alors qu’elle a les richesses, toutes les richesses, sur son sol et dans son sous-sol. Il n’est pas concevable que les médecins, les biologistes et autres scientifiques africains concourent au prestige des laboratoires et centres de recherches des pays dits riches, alors qu’en matière de recherches scientifiques, le continent demeure un désert désespérément stérile.Les besoins de survie de l’Occident et des grandes puissances sont tels, aujourd’hui, que le temps n’est plus loin où, faute de pouvoir aider toutes les nations, les grandes puissances devront décider quels peuples, à leur avis, méritent d’être sauvés, et quels autres il faudra laisser couler, car il en coulera !


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Message de Madagascar à votre attention

Notre camarade Jean-Claude Rabéherifara, parti (croyait-il) pour deux semaines dans la Grande Ile, nous fait part de cette analyse d’économie politique : « Bon confinement à tous ! Appliquez sérieusement les consignes…mais LE CONFINEMENT N’INTERDIT PAS DE PENSER ET D’AGIR Naomi Klein est une journaliste, essayiste réalisatrice et altermondialiste canado-américaine ayant écrit de nombreux ouvrages de militantisme politique pointant les défaillances du capitalisme, du néolibéralisme et de la mondialisation. Elle a étudié à l’Université de Toronto et à la London School of Economics. »

La crise est l’occasion de faire passer des politiques impopulaires

Le coronavirus est officiellement une pandémie mondiale qui a jusqu’à présent infecté dix fois plus de personnes que le SRAS en 2003. Aux États-Unis, des écoles, des universités, des musées et des théâtres ferment leurs portes, et bientôt, des villes entières en feront autant. Les experts avertissent que certaines personnes soupçonnés d’être atteintes du virus aux États-Unis poursuivent leur routine quotidienne, parce que leur emploi ne leur permet pas de prendre des congés payés en raison des défaillances systémiques du système de santé américain privatisé.

La plupart d’entre nous (N.T : pour les citoyens américains) ne savent pas exactement quoi faire ou qui écouter. Le président Donald Trump a contredit les recommandations des centres de contrôle et de prévention des maladies, et ces messages contradictoires ont réduit notre marge de manœuvre pour atténuer les dégâts causés par ce virus hautement contagieux.

Ce sont les conditions parfaites pour que les gouvernements et l’élite mondiale mettent en œuvre des programmes politiques qui, autrement, rencontreraient une grande opposition si nous n’étions pas tous aussi désorientés. Cette chaîne d’événements n’est pas exclusive à la crise déclenchée par le coronavirus ; c’est le projet que les politiciens et les gouvernements poursuivent depuis des décennies, connu sous le nom de “doctrine de choc”, un terme inventé par l’activiste et autrice Naomi Klein dans un livre du même nom en 2007.

L’histoire est une chronique des “chocs” - les chocs des guerres, des catastrophes naturelles et des crises économiques - et de leurs conséquences. Ces suites sont caractérisées par le “capitalisme catastrophe” - des “solutions” calculées et de libre marché aux crises qui exploitent et exacerbent les inégalités existantes.
Selon M. Klein, nous assistons déjà à un capitalisme catastrophique sur la scène nationale : en réponse au coronavirus, M. Trump a proposé un plan de relance de 700 milliards de dollars qui comprend des réductions des charges sociales (qui dévasteraient la sécurité sociale) et fournirait une aide aux industries en manque d’opportunités d’affaires à cause de la pandémie. “Ils ne le font pas parce qu’ils pensent que c’est le moyen le plus efficace de soulager la souffrance lors d’une pandémie ; ils ont ces idées maintenant qu’ils voient une opportunité de les mettre en œuvre”, a déclaré M. Klein.

VICE s’est entretenu avec Klein sur la façon dont le “choc” du coronavirus cède la place à la chaîne d’événements qu’elle a décrite il y a plus de dix ans dans La doctrine du choc.

VICE:Commençons par l’essentiel. Qu’est-ce que le capitalisme de catastrophe ? Quel est son rapport avec la “doctrine de choc” ?

La façon dont je définis le “capitalisme catastrophe” est très simple : il décrit la façon dont les industries privées émergent pour bénéficier directement des crises à grande échelle. La spéculation sur les catastrophes et la guerre n’est pas un concept nouveau, mais elle s’est vraiment approfondie sous l’administration Bush après le 11 septembre, lorsque l’administration a déclaré ce type de crise sécuritaire sans fin, et l’a simultanément privatisée et externalisée - cela a inclus l’État de sécurité nationale et privatisé, ainsi que l’invasion et l’occupation [privatisée] de l’Irak et de l’Afghanistan.

La “doctrine de choc” est la stratégie politique consistant à utiliser les crises à grande échelle pour faire avancer des politiques qui approfondissent systématiquement les inégalités, enrichissent les élites et affaiblissent les autres. En temps de crise, les gens ont tendance à se concentrer sur les urgences quotidiennes pour survivre à cette crise, quelle qu’elle soit, et ont tendance à trop compter sur ceux qui sont au pouvoir. En temps de crise, nous détournons un peu les yeux, loin du jeu réel.

VICE : D’où vient cette stratégie politique ? Comment retracer son histoire dans la politique américaine ?

La stratégie de la doctrine de choc était une réponse au programme du New Deal de Milton Friedman. Cet économiste néolibéral pensait que tout avait mal tourné aux États-Unis sous le New Deal : en réponse à la Grande Dépression et au Dust Bowl, un gouvernement beaucoup plus actif a émergé dans le pays, qui s’est donné pour mission de résoudre directement la crise économique de l’époque en créant des emplois gouvernementaux et en offrant une aide directe.

Si vous êtes un économiste du libre marché, vous comprenez que lorsque les marchés échouent, vous vous prêtez à un changement progressif qui est beaucoup plus organique que le type de politiques de déréglementation qui favorisent les grandes entreprises. La doctrine de choc a donc été développée comme un moyen d’éviter que les crises ne cèdent la place à des moments organiques où des politiques progressistes émergent. Les élites politiques et économiques comprennent que les moments de crise sont l’occasion de faire avancer leur liste de souhaits de politiques impopulaires qui polarisent encore plus la richesse dans ce pays et dans le monde entier.

VICE : Nous sommes actuellement confrontés à de multiples crises : une pandémie, le manque d’infrastructures pour la gérer et l’effondrement de la bourse. Pouvez-vous nous expliquer comment chacun de ces éléments s’inscrit dans le schéma que vous avez décrit dans la Doctrine du choc ?

Le choc est en réalité le virus lui-même. Et il a été traitée de manière à maximiser la confusion et à minimiser la protection. Je ne pense pas que ce soit une conspiration, c’est juste la façon dont le gouvernement américain et Trump ont géré - complètement mal - cette crise. Jusqu’à présent, M. Trump a traité cette situation non pas comme une crise de santé publique mais comme une crise de perception et un problème potentiel pour sa réélection.

C’est le pire des scénarios, surtout si l’on tient compte du fait que les États-Unis ne disposent pas d’un programme national de soins de santé et que les protections dont bénéficient les travailleurs sont très mauvaises (par exemple, la loi n’institue pas d’indemnités de maladie). Cette combinaison de forces a provoqué un choc maximal. Il va être exploité pour sauver les industries qui sont au cœur des crises les plus extrêmes auxquelles nous sommes confrontés, comme la crise climatique : l’industrie aérienne, l’industrie pétrolière et gazière, l’industrie des bateaux de croisière, ils veulent consolider tout cela.

VICE : Comment avons-nous vu cela auparavant ?

Dans La Doctrine du choc, je parle de ce qui s’est passé après l’ouragan Katrina. Des groupes d’experts de Washington comme la Heritage Foundation se sont réunis et ont créé une liste de solutions “pro-libre marché” pour Katrina. Nous pouvons être sûrs que le même type de réunions se tiendront maintenant. En fait, la personne qui a présidé le groupe Katrina était Mike Pence (N.T : la personne qui préside maintenant le dossier Coronavirus). En 2008, ce mouvement s’est traduit par le sauvetage des banques, où les pays leur ont remis des chèques en blanc, qui se sont finalement élevés à plusieurs milliards de dollars. Mais le coût réel de cette situation a finalement pris la forme de vastes programmes d’austérité économique [réductions ultérieures des services sociaux]. Il ne s’agit donc pas seulement de ce qui se passe maintenant, mais aussi de la façon dont ils vont payer à l’avenir, lorsque la facture de tout cela sera due.

VICE : Y a t-il quelque chose que les gens peuvent faire pour atténuer les dégâts du capitalisme de catastrophe que nous voyons déjà dans la réponse au coronavirus ? Sommes-nous mieux ou moins bien lotis que nous l’étions pendant l’ouragan Katrina ou la dernière récession mondiale ?

Lorsque nous sommes mis à l’épreuve par la crise, soit nous nous replions et nous nous effondrons, soit nous grandissons, et nous trouvons des réserves de force et de compassion dont nous ne savions pas que nous étions capables. Ce sera l’un de ces tests. La raison pour laquelle j’ai un certain espoir que nous puissions choisir d’évoluer est que - contrairement à 2008 - nous avons une alternative politique si réelle qu’elle propose un type différent de réponse à la crise qui s’attaque aux causes profondes de notre vulnérabilité, et un mouvement politique plus large qui la soutient.

C’est ce sur quoi ont porté tous les travaux sur le Green New Deal : se préparer à un moment comme celui-ci. Nous ne pouvons pas nous décourager ; nous devons plus que jamais nous battre pour l’universalité des soins de santé, des gardes d’enfants, des congés de maladie payés, tout cela est étroitement lié.

VICE : Si nos gouvernements et l’élite mondiale vont exploiter cette crise à leurs propres fins, que peuvent faire les gens pour s’entraider ?

“Je vais prendre soin de moi et des miens, nous pouvons obtenir la meilleure assurance maladie privée qui soit, et si vous ne l’avez pas, c’est probablement votre faute, ce n’est pas mon problème” : voilà ce que ce genre d’économie de winner met dans nos cerveaux. Ce qu’un moment de crise comme celui-ci révèle, c’est notre interrelation les uns avec les autres. Nous constatons en temps réel que nous sommes beaucoup plus interconnectés les uns avec les autres que notre système économique brutal ne le laisse croire.

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Echos d’Afrique

SOUDAN – Le cinéma fait sa révolution

Ce n’est pas encore le moment d’aller s’enfermer dans les salles sombres, mais dès que vous le pourrez, courrez voir le film de Suhaib Gasmelbari « Talking About Trees » tourné entre 2015 et 2018, avant la chute d’Omar el Béchir dont le coup d’Etat de 1989 a amené un gouvernement islamiste qui a eu tôt fait de mettre au pas les artistes du pays fermé les nombreuses salles de cinéma qui présentaient des films étrangers : italiens, russes, français… Toute production fut également impossible. « Le cinéma soudanais est un héros qui n’est pas mort de mort naturelle. Il a été tué par un traître » explique Ibrahim Shaddad : Dans une arrière-cour, quatre vieux messieurs simulent le tournage d’un film simplement éclairés à la lumière d’un projecteur. L’un tourne la manivelle d’une caméra argentique imaginaire, l’autre lance la scène en refermant son clap fictif escorté de son acolyte. Tandis que le dernier, un foulard mauve sur la tête, joue les divas. Ce jeu de mime tendre et complice ouvre Talking about Trees, premier long-métrage du réalisateur soudanais Suhaib Gasmelbari. Et en dit long sur la place quasi irréelle qu’occupe le cinéma en local. Pourtant, sans Ibrahim Shaddad, Manar Al Hilo, Suleiman Mohamed Ibrahim et Eltayeb Mahdi, la production cinématographique soudanaise n’en serait que plus maigre.

C’est à ces papis passionnés et pugnaces que l’on doit les premiers films d’auteur du pays, « des courts-métrages dotés d’une vraie portée artistique et politique à une époque où le seul cinéma possible au Soudan se résumait à des films de propagande pour le régime », tient à souligner Suhaib Gasmelbari. Dans les années 1960-1970, les quatre apprentis réalisateurs partent chacun de leur côté étudier le 7ème art en Égypte ou encore à Moscou, pour mieux revenir au pays et fonder ensemble le Sudanese Film Group (SFG), une association aux allures de ciné-club. Depuis, les vieux amis sillonnent les villages aux alentours de Khartoum pour y projeter gratuitement des grands classiques du cinéma, comme les muets de Charly Chaplin, devant un public médusé et imperturbable. Eva Sauphie Le point Afrique


TOGO

Suite aux commentaires de deux journaux sur l’élection présidentielle qui a vu la réélection brillante (71,70%), mais contestée, du président Faure Gnassingbé, l’ambassade de France a fait appel à la Haute Autorité pour l’Audiovisuel et la Communication pour se plaindre des titres mettant en cause l’ambassadeur. Liberté qui avait titré « Marc Vizy, l’autre ennemi de la démocratie au Togo » a été suspendu pour quinze jours, quant à L’Alternative qui avait titré « Françafrique et soutien aux dictateurs : Franck Paris l’intriguant », il a écopé de deux mois de suspension.

L’ambassadeur a ainsi préféré une décision administrative à un procès en justice pour laver son honneur bafoué ?

GUINÉE

Alors que le Front National pour la Défense de la Constitution avait appelé au boycott du double scrutin : référendum et législatives, les résultats annoncés par le pouvoir font état de 61% de votants et un OUI à 91,59% et un NON à 8,44%. Durant la journée 600 bureaux de vote ont été saccagés, des urnes brûlées. Mais les heurts ont été nombreux avant le scrutin, ils ont fait des dizaines de morts et de blessés depuis octobre 2019. Le vote s’est tenu quelques jours après qu’aient été retirés près de 2,5 millions de noms (près d’un tiers des électeurs) sur recommandation de la Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), faute de pièces justificatives enregistrées.
Alpha Condé prépare déjà l’élection présidentielle !

SAHARA OCCIDENTAL

Une lettre de 405 signataires du monde entier : Amérique latine, Amérique du Nord, Europe, Afrique, Asie et Océanie, a été adressée à Filippo Grandi Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et Michelle Bachelet, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et à tous les membres du Conseil de sécurité des Nations unies par de nombreuses ONG, associations, organisations de la société civile, des partis, syndicats, mais aussi des élus, avocats, médecins députés, médecins, scientifiques, enseignants, chercheurs, journalistes, défenseurs des droits de l’homme. pour alerter sur la situation des populations sahraouies dans les campements de réfugiés et en territoire occupé. La lettre est sur le site de l’AFASPA.

Le site Sputnik rapporte que les autorités de la RASD ont pris des dispositions pour éviter la propagation du virus dans les campements de réfugiés :

Début mars, un Comité national de prévention contre le coronavirus mis en place par les autorités sahraouies a décidé de fermer les voies qui mènent vers la région de Tindouf ainsi que les frontières avec la Mauritanie. Ali Abdallah, porte-parole de cette instance, explique que cette réactivité a permis d’éviter l’apparition de cas de contamination.

«La situation sanitaire dans les camps sahraouis est très satisfaisante puisque nous n’avons enregistré aucun cas d’infection au coronavirus. Nous nous sommes intéressés dès le mois de janvier à ce virus au moment où il commençait à se propager en Chine et en Asie. Puis à l’annonce du premier cas en Algérie, vers la fin du mois de février, nous avons limité au maximum les mouvements de population entre les cinq camps, avec l’Algérie et la Mauritanie dont la frontière commune a été fermée. Nous avons également identifié les personnes qui étaient revenues de voyage afin de les placer en quarantaine dans des centres installés dans chaque camp», indique Ali Abdallah directeur de la Coopération du ministère sahraoui de la Santé.

Prise de conscience

Les réfugiés qui ont été contact avec des personnes placées en quarantaine ont été tenus de respecter un confinement de quatorze jours dans leur domicile. Des opérations de désinfection ont lieu régulièrement dans les camps. «Nous sommes confiants car la population a pris conscience du danger que représente le coronavirus. Les gens ont compris la nécessité de fermer les mosquées, d’éviter les mariages et tout type de rassemblement», des dispositions ont été prises pour ravitailler les camps en produits alimentaires.
Ali Abdallah précise que le plan de prévention est mené en coopération avec les services sanitaires algériens ainsi que les différentes ONG internationales qui interviennent dans les camps sahraouis et l’Union africaine. Selon lui, la question de la disponibilité des moyens de protection pour les professionnels de la santé est l’un des points les plus importants de ce programme.

«Nous avons fait part de nos besoins en matière de masques, de tenues et de gel hydroalcoolique. Nous disposons d’un stock qui nous permettra de faire face à toute éventualité en attendant l’arrivée de nouveaux équipements. Bien entendu, le plus important est d’éviter le fameux patient zéro. Pour ce faire, nous avons instauré un système de veille quotidienne qui nous permet d’identifier tout cas de fièvre suspecte. Chaque jour, à 14h, un rapport de suivi est adressé à notre centre de statistiques médicales», ajoute Ali Abdallah.


Santé militaire

Pour ce qui est des territoires du Sahara occidental placés sous l’autorité du Front Polisario, où vivent de nombreuses familles nomades, il a été décidé de fermer le passage qui les relie aux camps de réfugiés et de ne laisser passer que les cas d’urgence médicale. Dans ces grands espaces désertiques, la lutte contre le coronavirus est du ressort de la Direction de la santé militaire. Cette direction dispose de deux structures de santé -à Tifariti et à Aghouinit- ainsi que de centres de santé dans chacune des régions militaires.
Par ailleurs, Ali Abdallah s’est dit préoccupé par la situation sanitaire dans les territoires sous autorité marocaine. «Nous savons qu’un confinement total a été décrété mais la situation reste floue car nous n’avons aucune information concrète sur le nombre de cas dans les hôpitaux de Laâyoune et des autres villes.» Dans une dépêche publiée le 26 mars, l’Agence de presse marocaine (MAP) a décliné la répartition géographique des 275 cas de contamination qu’a enregistrés le Maroc en précisant que les régions «de Laayoune-Sakia-Hamra et Dakhla-Oud Eddahab (…) restent jusqu’à présent indemnes».

LES ACTIVITES DE L’AFASPA

Au cours de ce premier trimestre nous avons repris les séances de cinéma mensuelles au Maltais rouge où nous avons présenté « Le procès contre Mandela et les autres » de Nicolas Champaux et Gilles Porte qui a été suivi d’un débat anima par Jacqueline Derens militante anti-apartheid et collaboratrice de Dulcie September. Puis le film de Géraldine Berger « Les enfants de Sakara » qui relate un épisode méconnu des années où le Burkina Faso a connu une Révolution qui marque aujourd’hui l’imaginaire de la jeunesse du pays. Il s’agit des 600 enfants orphelins ou de parents isolés qui ont été accueilli par Cuba pour étudier et devenir les futurs cadres du pays. Le coup d’Etat militaire de Blaise Compaoré les a rendu en quelque sorte une seconde fois « orphelins ». La réalisatrice avec opiniâtreté est allée à la recherche des adultes qu’ils sont devenus. Elle nous a fait part de cette expérience et Bruno Jaffré, biographe de Thomas Sankara qui revenait d’un séjour au Burkina Faso a abordé la situation actuelle dans le pays. Au mois de mars, avant confinement, nous avons accueilli Valérie Osouf, coréalisatrice du film « Cameroun, autopsie d’une indépendance » et Augusta Epanya dirigeante de l’UPC Manidem. En avril nous avions programmé le film « CongoLUCHA » de Marlène Rabaud, ce n’est que partie remise et dès que possible nous reprendrons nos soirées-cinéma qui ont pris un rythme intéressant avec à chacune de séances 35 et 40 participants, pas toujours les mêmes.

AUJOURD’HUI L’AFRIQUE, le numéro spécial est prêt, nous n’attendons plus que la reprise de la vie économique pour qu’il soit imprimé.