Revue Aujourd’hui l’Afrique : Le n°121- septembre 2011 est sorti

S O M M A I R E


01. “Révolution arabe” ? “Guerre humanitaire”?, Francis Arzalier

03. Les Américains envoient leurs “engins” en Libye. Quel sort pour les civils dans la guerre des drones ?, Ahmed Ancer (El Watan)

04 Tunisie. A quand la question sociale ?, Nizar Baraket (Attariq Aljadid)

05. La voie du militarisme, Solidaire (Belgique)

05. Donatella Rovera, d’Amnesty International, revient sur les exactions commises par les rebelles, Jean-Pierre Perrin (Libération)

06. L’insécurité et les grandes chaleurs font craindre le pire, Salima Tlemçani (El Watan)

07. Côte d’Ivoire. Enquêtes sur un massacre, J.-P. Mary (Le Nouvel Observateur)

09. Côte d’Ivoire. L’état des massacres, Michel Galy.

10. Djibouti. Quel scenario de sortie de crise ? Chaos ou alternative démocratique ?, Pierre Sidy

12. Communiqué. Famine dans la Corne de l’Afrique, La sécheresse n’explique pas tout, AFASPA

13. Le tourisme, talon d’Achille de l’économie tunisienne, Bernard Couret

15. DOSSIER. Le sarkozisme et la réhabilitation de l’idée coloniale, Henri Pouillot

19. Francophonie. Grandeurs et décadences ou second souffle, Monique Houssin

21. Ni “tout-français” imposés dans les mosquées, ni “tout-anglais” imposé partout ailleurs ! Halte au totalitarisme linguistique de M. Copé, Georges Gastaud

23 . Billet francophone, Georges Gastaud

24. DESERTEC, un éléphant blanc solaire ?, Christine Heureaux et Norbert Lewald

26. Palestine : Espoir et vigilance, Jean-Claude Alési

28. Flashes d’acvtualité, Robert Lavaud

31. Notes de lecture, Bernard Couret

32. Gisèle Rabesahala. Toute une vie au service du peuple malgache, Robert Lejeune

33. Gisèle, Bâtiseuse d’Avenir, Michèle Decaster


Billet
« Révolution arabe »? « Guerre humanitaire »?
Francis Arzalier

Abreuvés quotidiennement par nos médias omniprésents, plus assidus à transmettre le message des puissances financières et politiciennes qui les contrôlent et les inspirent qu’à dire la complexité des faits, nous avons vécu les premiers mois de l’an 2011 dans un monde d’illusions, où chacun pouvait prendre ses désirs pour des réalités. Ainsi a-t-on vu L’Express et TF1, grands experts en la matière, répéter qu’une « révolution arabe » parcourait le Nord de l’Afrique pour accéder enfin au bonheur occidental, le pluripartisme et la liberté d’expression des journalistes, entravés par de méchants dictateurs corrompus. En deux mots, si fort assénés qu’ils furent absorbés par des millions de braves gens, quelques erreurs majeures qu’il faut bien rectifier. Rappelons tout d’abord que d’Atlantique au Nil les pays sont fort différents, autant qu’Espagne de Finlande ; que si Maroc et Algérie sont sans contestation possible de culture arabe et islamique majoritaire, ce n’est en aucun cas une réalité ethnique ; les Arabes, arrivés il y a 1 300 ans de leur presqu’île originelle ne furent au Maghreb qu’un faible apport démographique : même les peuples autochtones ont adopté la langue du Coran : les Algériens sont arabes autant que les Français sont romains dont ils ont reçu leur dialecte actuel.

Notons encore que les mouvements ainsi réduits à un vocable unique furent très variés par leurs modalités et leurs motivations. Quoi de commun entre les quelques milliers de manifestants algériens à l’appel d’un parti politique bien seul (le RCD, Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), les insurgés armés de Cyrénaïque libyenne et les foules énormes réunies en Tunisie ou en Egypte, appuyées par des grèves et des revendications sociales autant que politiques ? Quoi de semblable entre une société libyenne enrichie par le pétrole et les travailleurs immigrés (un sur cinq habitants) et les salariés misérables des faubourgs du Caire, la plus grande ville d’Afrique (peut-être 20 millions d’humains) ? Pourquoi cette diarrhée médiatique en France pour certains évènements et le silence absolu des mêmes journalistes sur les manifestants sahraouis réprimés par le roi colonial du Maroc en décembre 2010 ? Pour nos communicants, les « Arabes » Ben Ali et Moubarak furent d’épouvantables despotes et le pro-français Mohamed VI un dirigeant moderne et progressiste !

Enfin, est-il sérieux de qualifier de « révolution », comme 1789 ou 1917, le départ protégé et forcé de dictateurs usés et leur remplacement au Caire et à Tunis par des autorités qui prêchent le « retour à l’ordre » ? Tout reste à faire et à changer en matière politique et sociale, les Egyptiens et Tunisiens le savent bien qui continuent leurs luttes, grèves et manifestations. Les peuples expriment leurs aspirations et nous en sommes solidaires, sachant qu’eux seuls pourront les imposer… Mais ils le font dans un monde de fauves : les grandes puissances, les états d’Occident et les sociétés transnationales, qui se cachent derrière, veillent à faire prévaloir leurs intérêts, leurs désirs de continuer à exploiter les ressources énergétiques et minérales des peuples africains. Ils le font par la ruse, la manipulation et la corruption quand ils le peuvent, et par la guerre quand ils le jugent nécessaire. Les récents exemples foisonnent :

* Le Monde nous l’annonce avec force détails le 24 mars 2011 : « Guinée : le groupe Bolloré obtient la concession du port de Konakry après avoir organisé la campagne du président. Peu avant sa visite à Paris, du 22 au 24 mars, Alpha Condé a choisi son ami Vincent Bolloré pour exploiter et développer le terminal à conteneurs de la capitale guinéenne. » Sans commentaire…

Et surtout, disons-le tout net : l’intervention militaire et meurtrière de la France et de ses alliés occidentaux en Libye, puis en Côte d’Ivoire pour imposer au pays un gouvernement à leur dévotion fut totalement inacceptable et grosse de drames ultérieurs… et cela quels que soient les prétextes et quel que soit le jugement qu’on porte sur le colonel Khadafi, chef tribal versatile et sans scrupules, ou sur un Gbagbo accroché envers et contre tout à son fauteuil : leur avenir et celui de leur pays ne relèvent que des peuples de Libye et de Côte d’Ivoire, ni de Paris ni de Washington ni des pétroliers. Les prétextes soi-disant humanitaires (« Protéger les civils » qu’on bombarde) sont une simple redite du très vieux discours colonial. En 1900, les dirigeants français faisaient la conquête de l’Afrique en prétendant libérer les esclaves et, en 1956, la guerre aux Algériens en arguant le rôle pervers de l’Islam : la « croisade » annoncée par MM. Guéant, Sarkozy et B.-H. Lévy ne vaut pas mieux…

Les événements au Maghreb, Machreq et Moyen Orient confirment de plus en plus chaque jour la mise en ouvre de la nouvelle stratégie Obama de l’impérialisme US. Avec Bush, l’objectif affirmé était la guerre contre l’intégrisme terroriste ; avec Obama, on passe à la mise en place de régimes pro-occidentaux plus présentables (« pluripartisme », jugement de Ben Ali et Moubarak), et surtout avec une base politique plus large, contrôlés (comme en Égypte aujourd’hui) par les chefs de l’armée (formés aux États-Unis et financés par eux) et avec la participation des « bons » intégristes (pro-occidentaux, pro-capitalistes). Les Frères Musulmans sont déjà les probables grands vainqueurs du prochain scrutin au Caire, dont le PCE risque d’être exclu. En aucun cas, il ne s’agit d’élargir la démocratie politique (anticommunisme) et sociale (mesures anti-grèves en Égypte), ou les droits de l’homme ou des femmes (menaces de reculs en Tunisie).

Guerre en Libye

La guerre coloniale menée en Libye par l’OTAN et la France a des objectifs divers, l’accès aux ressources du Sahara (uranium, or, énergie solaire, eau, etc.) et l’établissement en Libye, d’un régime aux ordres de l’Occident (Kadhafi était actif en Afrique sahélienne, et concurrent sur place des investissements occidentaux et de l’Arabie Saoudite). Cette guerre peut être aussi un moyen de s’opposer au rôle de la Chine dans la région, comme en Côte d’Ivoire.

En Libye, sele l’issue négociée, refusée jusqu’à présent reste valable pour une issue durable. La guerre en Libye a déjà eu des conséquences graves pour les pays africains riverains : le Niger, le Tchad ont dû réintégrer près de 200 000 travailleurs émigrés en Libye qui ont fui les combats. Les investissements libyens au Mali, au Niger, importants dans les banques et l’immobilier, sont menacés : sera-ce un progrès s’ils sont remplacés par ceux d’Arabie Saoudite qui finance les medersas intégristes ? Les groupes armés djihadistes du Sahara (AQMI) ont récupéré, grâce au conflit (et à certains « rebelles » libyens) des stocks d’armes et des moyens qui inquiètent Algériens, Mauritaniens, etc. Le soutien occidental aux insurgés séparatistes de Benghazi risque fort de faire des émules, les états sahéliens le redoutent.

Le Président Sarkozy avait annoncé lors de son avènement une nouvelle politique africaine de la France. Il ne nous avait pas dit qu’elle consisterait à mettre le feu guerrier au continent.


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