Miner l’indépendance, déraisons d’États

Il y a 12 ans, Jean-François Debargue vivait dans les campements de réfugiés sahraouis où il travaillait sur la réalisation du grand jardin régional du campement d’El Ayoun et la mise en place de jardins familiaux dans les campements d’Aousserd et de Boujdour, projets financés par le CCFD, Caritas Italiana et le Secours Populaire. Il était présent lorsque de jeunes sahraouis désespérés se sont fait sauter sur les mines le long du mur de la honte (le 10 avril 2009). « A l’heure où ressortent des articles sur les mines anti-personnel et où la France reconnaît timidement ses participations complices dans des oppressions parfois génocidaires, ces souvenirs dramatiques me sont revenus ».


La France a signé en décembre 1997 la convention d’Ottawa et vante son rôle actif sur la lutte contre les mines anti-personnel, avec toutefois une dérogation « en cas de nécessité absolue imposée par la protection de ses forces armées ». Chacun comprendra que « la nécessité absolue » est une porte ouverte qui permet tous les excès ! Notre pays continue donc de fabriquer des mines anti-personnel et sans doute d’en enterrer en des lieux qu’il estime sensible. Qu’espérer de la parole d’un pays de plus en plus régulièrement rappelé à l’ordre par les organismes des Droits de l’Homme, d’un pays s’affichant sans complexe avec les dictatures, d’un pays promouvant le pragmatisme géo-politique, la liberté de circulation des biens mais pas des individus, d’un pays camouflant pendant des décennies ses implications dans différents massacres ou génocides, cultivant l’omerta au nom du « secret défense ». Qu’attendre du silence et du manque de transparence de la « grande Muette » , du double langage ou des mensonges pour raison d’État de nos gouvernants ? Rien, à moins d’être né de la dernière pluie.

Le Maroc, en n’ayant toujours pas signé cette convention d’Ottawa sur l’interdiction d’emploi, de stockage, de production et de transfert de mines anti-personnel, assume ouvertement la violence de sa position, au nom de la sécurité des « territoires du sud ».

Il est plusieurs manières de chasser et d’empêcher le retour d’un peuple sur sa terre. En soutenant le Maroc, dernier colonisateur d’Afrique, en opposant son veto ou en s’abstenant en tant que membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU aux résolutions d’application du referendum d’autodétermination ou de pourvoir la mission de l’ONU (Minurso) d’un mandat de protection des Droits Humains. Avoir participé il y a trente ans au minage du mur de la honte sur toute sa longueur de 2770 km est aussi une part de honte française.

Soutenir inconditionnellement le Maroc, c’est aussi être complice des moyens de répression dont il use.
A ce jour les victimes sahraouies dépassent en nombre la longueur en kilomètres du mur. Près de 3000 victimes (2980) dont plus d’un tiers d’enfants. L’ONU y a comptabilisé 35 types de mines anti-personnel fabriquées dans une douzaine de pays différents.

On emprisonne, on torture, on ampute, on réfugie durablement dans des camps et on bloque tout processus démocratique d’autodétermination. Il est tellement de moyens entre complices d’empêcher que des résolutions admises au niveau international puissent être mises en place ! Face à ces forces d’inerties concertées niant les conventions et les résolutions juridiques, faut-il continuer de négocier, sachant que les résultats d’une négociation ne seront pas appliqués, comme lors de ces 30 dernières années ? Les États-voyous n’attendent pas de solution d’une négociation, ils font de la négociation une part supplémentaire du problème.
Qui expliquera à ce jeune homme venu manifester devant le mur lui refusant l’accès à son pays, qu’au nom de « la nécessité absolue » ou du « principe de sécurité », il sera désormais amputé de sa jambe …

Jean-François Debargue

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