Le n°130 (de décembre 2013) d’Aujourd’hui l’Afrique vient de sortir

Aujourd’hui l’Afrique n°130 (de décembre 2013)

S O M M A I R E


01. Lampedusa, Melilla, Cyclades : Scènes de crime d’aujourd’hui , Francis Arzalier

02. La France en Centrafrique. Sous couvert de mandat de l’ONU, la défense du pré-carré , Position de l’AFASPA

04. Loi de Programmation militaire 2014-2019. Sous le signe des forces spéciales. Ce qui attend l’Afrique , Jean Chatain

06. Egypte Mutations en cours , Bernard Bouché

10. Inédite découverte de la Tunisie , Michèle Decaster

12. Rencontre avec Radhia Nasraoui

14. Debout sur les remparts ! Sauvons le Mali , Amadou Seydou Traoré

18. Réorganisation néocoloniale à Madagascar. Chaos libéral et élections pour « normaliser » , Jean-Claude Rabeherifara

21. Sankara plus que jamais actuel , Christian Leblanc

23. 50ème  anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Pierre Kaldor décoré à titre posthume , François Kaldor

25. Nollywood. Le cinéma nigérian en plein essor , Elisabeth Logié

27. Notes de lecture et sur d’autres produits culturels , Jean Chatain, Bernard Couret, Monique Houssin, JC Rabeherifara

31. Flashes d’actualités africaines , Robert Lavaud

33. Hommage de l’AFASPA à Nelson Mandela


Billet

Lampedusa (île italienne entre Sicile et Tunisie)
Melilla (enclave espagnole au Maroc)
Cyclades (îles grecques) :

Scènes de crime d’aujourd’hui
Francis Arzalier.

L’Italie du Sud, l’Espagne, la Grèce : trois pays du Sud de l’Europe dont les travailleurs subissent de plein fouet l’austérité prônée par leurs gouvernants et leurs banquiers. Trois rivages où pourtant affluent chaque mois des milliers de migrants africains, prêts à risquer leur vie pour accéder à l’Eldorado occidental. Nos médias s’en émeuvent quand nous parviennent les images de centaines de cadavres, noyés, alignés sur les plages de Lampedusa. Et Barroso, et Fabius, y vont de leur petite larme ; et les belles âmes du Monde, Figaro et Libération parlent, à propos de ce crime de masse qui rappelle fâcheusement la traite esclavagiste d’autrefois, de « cauchemar européen ».

Mais au fait, qui est coupable de ce crime ?

– Les seuls responsables italiens, grecs ou espagnols, que les dirigeants de l’Europe supranationale, entre deux discours sur les droits de l’homme, laissent se débrouiller face à ces centaines de milliers d’hommes, femmes et enfants désespérés au point de jouer leur vie pour vivre mieux ?

– Les plus coupables ne sont-ils pas les trafiquants négriers contemporains, qui font payer des milliers d’euros, une fortune pour eux, les candidats au départ sur les côtes du Maghreb, en sachant que la mort sera une fois sur deux du voyage ?

– Les 300 noyés de Lampedusa étaient partis de Misrata en Libye, ce pays transformé en chaos sanglant par la guerre menée il y a deux ans par Sarkozy, l’OTAN et le Qatar. Khadafi, quels qu’aient été ses défauts, dirigeait un Etat national et combattait les trafiquants de chair humaine, aux termes même d’un accord avec des Etats européens. Les bombardiers français et qataris ont détruit cet Etat, avec l’aide des milices séparatistes et intégristes : les mêmes qui, aujourd’hui, organisent le trafic de migrants sur leurs coques de noix, vers Lampedusa. Qui est coupable de leur avoir donné le pouvoir en Libye ?

– Les naufragés de Lampedusa venaient de la Corne de l’Afrique (Erythrée, Somalie) et de Syrie, fuyants leurs pays détruits par la guerre. Qui, sinon les puissances d’Occident et leurs alliés, les monarchies pétrolières du Golfe Arabique, a financé, aidé les groupes armés qui ont déstabilisé ces pays ? Ne sont-ce pas Messieurs Hollande et Fabius qui, depuis des années, prônent le soutien militaire aux insurgés intégristes pour renverser le gouvernement syrien ?

– Les pays du Sahel, Mali, Niger ou Sénégal ont hérité, de plusieurs siècles de sujétion coloniale, un sous développement dramatique. Et il s’est encore aggravé depuis un demi-siècle, grâce à la domination économique et politique des puissances occidentales ; les multinationales tirent profit de l’uranium du Niger, mais les jeunes diplômés de Niamey, de Bamako ou de Dakar n’ont que le chômage pour perspective, et survivent de petits trafics. Ils ne peuvent que rêver de ce confort quotidien occidental qu’ils voient enjolivé par la télévision. Certains dirigeants africains, soumis à l’Occident et souvent corrompus par ses prébendes, ne sont pas mécontents de les voir partir, car ils sont pour eux un risque politique. Seules les organisations progressistes ou révolutionnaires africaines ont le courage de leur dire que l’émigration vide le pays d’origine de ses capacités, qu’elle peut être une solution personnelle, mais ne permet en aucun cas d’ydévelopper l’agriculture et les industries nécessaires.

Car, faut-il le rappeler, si la liberté de se déplacer d’un pays à un autre est un des droits imprescriptibles de l’homme, il n’est qu’hypocrisie et caricature s’il ne s’accompagne pas de son corollaire : la possibilité pour chaque être humain, Africain ou Européen, de vivre de son travail dans son pays.

En Afrique comme en Europe, le règne du marché capitaliste, transformant les hommes en main d’œuvre à payer le moins cher possible, fait qu’on est encore bien loin du compte.


En attaché, ci-dessous : Hommage de l’AFASPA à Nelson Mandela , p.33


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