Grève de la faim des 23 prisonniers politiques sahraouis à Salé

L’association des familles des prisonniers politiques sahraouis a tenu une conférence de presse au siège de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme à Rabat au cours de laquelle Claude Mangin-Asfari, épouse de Enaama Asfari défenseur des droits de l’Homme et co-président du CORELSO, a transmis le message oral de son époux visité le 24 octobre 2011, au nom des 23 prisonniers politiques sahraouis arrêtés avant, pendant et après le démantèlement du camp de protestation et de la dignité de Gdeim Izik le 8 novembre 2011 et présentés devant le Tribunal militaire de Rabat.

« Ils souhaitent et demandent que leur parole soit diffusée le plus largement possible.

C’est dans ces conditions que je suis conduite à attester qu’ils ont pris la décision de débuter une grève de la faim dans les jours qui viennent et qu’ils espèrent par cette action, attirer l’attention sur la situation plus qu’anormale qui est la leur depuis maintenant près d’un an.

Il m’a demandé de mobiliser autour des questions suivantes :

D’ordre juridique :

 Les détenus se plaignent de la lenteur de la procédure de l’instruction menée par le juge d’instruction militaire. En effet, ils sont en détention préventive depuis près d’un an, alors que selon les dispositions de l’article 177 du Code de Procédure Pénale marocain, l’instruction ne peut dépasser un an.

 Le juge d’instruction militaire instruit sur deux plaintes qui concernent les mêmes faits : l’une qui émane de la Gendarmerie Royale et l’autre des Forces Auxiliaires, ce qui fait que l’instruction pourrait durer deux ans, ce qui est contraire aux dispositions du Code de Procédure Pénale et aux garanties offertes aux détenus.

De santé :

 Leur santé est en danger et le juge d’instruction auquel cela incombe par application de l’article 88 du Code de Procédure Pénale marocain, ne joue pas son rôle. La plupart des détenus souffre de plusieurs maladies or ils n’ont pas accès aux soins ni au droit à l’hospitalisation. Sur ce point, il a fait état de 2 situations particulièrement graves :

. Ahmed Daoudi qui a été victime de tirs par balle le 24 octobre 2010 et qui n’est pas soigné

. Mohamed El Ayoubi âgé de 57 ans qui a subi des violences ayant entrainé des troubles physiques et psychiques qui ne sont pas davantage soignés .

Des conditions de détention :Il m’a indiqué que :

 Ils ne reçoivent pas de courrier.

 Ils ne peuvent pas recevoir des livres ou des publications qui font état de la situation du Sahara Occidental .

 Ils n’ont pas le droit d’être en possession des différents rapports de l’ONU et des ONG sur la question du Sahara Occidental : il a expressément cité le rapport du Secrétaire Général de l’ONU, les différentes résolutions de l’ONU et du Parlement Européen, le rapport de l’AMDH, celui de l’OMDH et celui de la FIDH.

 Ils sont interdits de bibliothèque.

 « Récréation » et usage du téléphone sont restreints.

 Les prisonniers subissent des exactions:
Par exemple, il m’a parlé des mesures de rétorsion dont ils font l’objet lorsqu’ils émettent une revendication comme le cas de Mohamed Bani, 48 ans, père de 6 enfants : le chef de détention et des fonctionnaires de détention l’ont brutalement fait sortir de la cellule le samedi 22 octobre 2011 et l’ont violemment poussé contre le mur. Il a été blessé au front et au visage.

 Les familles souffrent :

Il m’a fait part des souffrances endurées par les familles des détenus qui se déplacent de 2400 km aller et retour et qui sont isolées à Salé pour pouvoir être proches de leur fils, frère ou mari.

En conséquence, ils refusent de continuer à être incarcérés dans des conditions inhumaines et soumis aux exactions de leurs geôliers sans avoir droit à un procès équitable dans un délai raisonnable, avec respect des droits de la défense et décrètent qu’ils vont entamer une grève de la faim pour manifester leur volonté de se battre pour leur libération.

Naama ASFARI et ses compagnons lancent un Appel solennel à toutes les ONG, toutes les associations de défense des Droits de l’Homme et tous les défenseurs des Droits Humains pour qu’ils se mobilisent et demandent aux autorités marocaines leur libération immédiate ou un procès juste et équitable.

Il m’a dit de remercier aussi tous ceux qui déjà de par le monde manifestent leur soutien et leur solidarité avec ceux qui sont en prison comme avec ceux qui à l’extérieur continuent à se battre pour voir respecter le droit du Peuple Sahraoui à l’Autodétermination. »

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