Intervention de Jacqueline Dérens Présidente de RENAPAS
L’an dernier j’avais commencé mon allocution par ces mots « Encore une fois nous voilà réunis pour rendre hommage au sacrifice de notre amie DS qui a payé de sa vie sa lutte inlassable contre les discriminations de toutes sortes : de race, de religion, de genre et pour qu’un monde fait de solidarité, de justice, d’équité, de compassion voit le jour. Son lâche assassinat au matin du 29 mars 1988 nous a toutes et tous glacés d’effroi. »
Aujourd’hui 38 ans après son lâche assassinat, je redis les mêmes mots, mais avec une inquiétude plus grande alors que des millions d’hommes, de femmes, d’enfants meurent sous les bombes sans comprendre pourquoi la mort les frappe, eux qui ne demandaient rien d’extraordinaire : vivre simplement. Qu’est devenu le monde de solidarité, de justice, d’équité, de compassion pour lequel notre amie a sacrifié sa vie ?
Mais des hommes, des femmes, des pays courageux dénoncent ce qui se passe en Palestine, au Liban, au Moyen-Orient, en Ukraine où la haine et la rage de détruire sème la terreur.
L’Afrique du Sud a été le pays à l’initiative d’une démarche courageuse dès janvier 2024 auprès de la Cour internationale de justice en alertant la communauté internationale sur les actes génocidaires commis dans la bande de Gaza par le gouvernement israélien. Cette démarche est dans la continuité de la lutte contre l’apartheid pour laquelle Dulcie a sacrifié sa vie.
C’est pourquoi nous poursuivrons nos efforts pour que toute la lumière soit faite sur les raisons de l’assassinat de notre amie et que les auteurs et commanditaires rendent compte de leurs actes devant la justice.
Depuis 2018, inlassablement avec l’aide précieuse de notre ami avocat Yves Laurin, et votre soutien, nous intervenons devant la justice française. Des faits ignorés et révoltants, comme la destruction des documents personnels de Dulcie et des restes de sa mâchoire fracassée par les balles, ont été découverts à notre grande stupéfaction. Alors que la justice française refuse de nous entendre et avance des arguties de procédure, le nom et l’histoire de Dulcie September sont repris dans la presse et autres médias : le Monde, L’Humanité, RFI, France inter, Radio Luxembourg ont parlé de Dulcie September. Sans oublier le documentaire Murder in Paris, de notre ami Enver Samuel qui continue d’être vu en Afrique du Sud et ailleurs dans le monde.
Le Président Macron au cours d’une cérémonie à Freedom Park le 21 novembre 2025, a non seulement rendu hommage aux Françaises et aux Français, comme Marcel Trigon, ancien maire d’Arcueil, qui ont courageusement dénoncé le régime d’apartheid, mais a aussi cité le sacrifice de Dulcie September, assassinée en plein Paris.
Ce qui nous encourage encore, c’est la décision du juge Dario Dosio du Tribunal de la Province du Gauteng, prise le 14 avril 2025, décision historique qui pourrait avoir des répercussions internationales et oblige l’Etat sud-africain à enquêter et à juger les crimes d’apartheid commis avant et après 1994. Une décision capitale pour les victimes de crimes contre l’humanité et donc de crime d’apartheid.
En octobre 2025, la Haute cour de justice de la Province du Cap envoyait au gouvernement français une lettre officielle lui demandant de mettre en œuvre La Convention d’entraide judiciaire en matière pénale et criminelle entre la France et l’Afrique du Sud du 31 mai 2001.
D’autre part la Commission Khampepe, mise en place par le Président Ramaphosa, doit réexaminer les cas pour lesquels la Commission Vérité et Réconciliation demandait des compléments d’enquête. Elle a ouvert ses travaux au mois de février 2026 par l’exposé du cas Dulcie September fait par une avocate du Centre de ressources légales (LRC) qui aide les familles des victimes de l’apartheid pour faire toute la lumière sur les circonstances de leurs disparations.
C’est avec confiance que nous avons demandé au Cabinet Lyon-Caen de soutenir notre pourvoi auprès de la cour de cassation de Paris. Ce pourvoi est toujours soumis à l’examen de la cour de cassation. Il porte sur le déni de justice et s’accompagne d’une demande de médiation avec l’Etat.
Et comme un petit miracle, voilà deux jours que le Tribunal administratif de Paris, amené à juger de la requête du fils d’un tirailleur sénégalais massacré à Thiaroye au Sénégal avec 44 de ses camarades le 1er décembre 1944, « condamne l’Etat pour s’être abstenu de mettre en œuvre des moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises du décès d’un des tirailleurs sénégalais tués à cette occasion ». Pour mémoire, ces soldats qui réclamaient leur solde ont été abattus pour « mutinerie » par l’armée française.
Nous n’abandonnerons pas, car nous savons que nous pouvons compter sur votre soutien et parce que ce combat est juste et qu’il doit être mené jusqu’à ce que justice soit rendue à notre amie Dulcie September et sa famille.