Le numéro 114 de la revue « Aujourd’hui l’Afrique » (décembre 2009) est paru

Le Billet de Francis Arzalier : Les DEUX France.

On sait ce qu’il est advenu de la France, dont beaucoup d’entre nous ne se consolent pas. Après Napoléon, qui fut grand par ses qualités et ses défauts, ce fut Napoléon le Petit que Victor Hugo sut fustiger de son exil ; après De Gaulle qui se croyait volontiers Jeanne d’Arc et Mitterrand, lettré qui se prenait parfois pour Dieu, ce pays fatigué s’est donné au nain compulsif de Neuilly qui se ridiculise aux yeux du monde en voulant léguer le pouvoir à son fils, un jeune freluquet qui n’a pour tout bagage formateur qu’une première année de droit, après un premier stage de chevrier dans la Corse de sa famille maternelle.

Comment s’étonner après cela de cette armée d’aventuriers qui enserre la France, qui ne croit en rien de ce qu’ils disent sauf à la pérennité du capital qui les engraisse, les médecins spécialistes du dépassement d’honoraires, les bavards télévisés ignares et serviles à tout ce qui porte pouvoir, politiciens qui furent maoïstes et donneurs de leçons, amoureux aujourd’hui des bombes de l’OTAN, juristes vendus pour très cher aux truands, aux multinationales, aux monarques ; la cohorte française des « élites » vomies par un capitalisme de décadence, une France du bas empire comme il y eut une Rome autrefois.
Dans cet océan de latrines, une bouffée d’air parfois nous fait rêver, qui dit que la vertu française n’est pas morte, même si elle est niée par les medias qui nous enserrent. Il existe encore aujourd’hui des salariés qui exigent leur dû, des intellectuels qui préfèrent être inconnus que de vivre à genoux, des hommes et des femmes qui méprisent M. Kouchner et son nouveau credo colonial, M. Besson et ses charters de réfugiés afghans refoulés dans la guerre pour flatter l’électorat raciste ; il existe des médecins de quartier submergés de travail et des avocats pour lesquels le droit n’est pas le chemin vers la fortune mais un moyen d’instaurer un peu plus de justice.

Chacun mettra ici les noms qu’il veut, les exemples ne manquent pas de ces femmes et ces hommes fidèles aux impératifs moraux qu’ils se sont donnés dans leur jeunesse, quitte à ne jamais être invités à la télévision.
Monique et Roland Weyl sont, parmi les amis de notre revue, de cette mouvance-là. Ce couple d’avocats, on les imagine mal l’un sans l’autre, fut de tous les combats émancipateurs depuis le grand souffle de la libération antinazie ; défenseur des colonisés contre l’oppression coloniale, lutteurs pour la paix contre la renaissance du fascisme dans le monde ; des années durant ils redisaient que les institutions actuelles, Conseil de Sécurité, FMI, OTAN étaient une trahison des idéaux portés par la Charte initiale de l’ONU ; une fidélité sans faille durant 60 ans à un idéal, une morale et aux organisations qui devaient l’incarner ; un choix de vie obstiné, douloureux parfois, qui force le respect.

Alors qu’on s’apprêtait à fêter ses 60 ans de barreau au service du peuple, Monique Weyl est partie d’une crise cardiaque. Elle nous manquera mais on doit le savoir : la France de Monique Weyl, celle de fraternité et d’égalité entre les hommes et les peuples vit toujours. Elle surmontera les faiblesses et triomphera aux yeux du monde.


SOMMAIRE :

Quand les militaires putscistes pillent, massacrent et violent en Guinée-Conakry. Mahmoud Bah

« Dadis Shox » sanglant à Conakry. Jean Chatain

La pensée de Fanon : Quelques-uns de ses impacts dans la sphère socio-politique algérienne. Sadek Hadjerès

« La richesse en Afrique du Sud est répartie selon la recette de l’Irish Coffee », interview de Chris Mathlacko. Solidaire, hebdomadaire du Parti du Travail de Belgique.

Sahara occidental : Assez de répression ! Autodétermination ! Compte rendu de la conférence de Vitry. Jean Paul Le Marec

Le paradigme démocratique ghanéen. Martin Verlet

« Les Corses et la question nationale » un livre de Francis Arzalier. Bernard Bouché

Tchad : Pour une alternative républicaine civile. Interview de Souleymane Abdallah (RNR). Jean-Louis Glory

Notes de lecture. Francis Arzalier/Jacqueline Gascuel

Flashes d’actualité africaines. Robert Lavaud

Les « Mercredis du cinéma de l’AFASPA. Jacqueline Gascuel

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