JOSEPH KI-ZERBO : UN GRAND AFRICAIN NOUS A QUITTÉ

Joseph Ki-Zerbo est décédé le 4 décembre dernier, à 84 ans, d’une longue maladie, à son domicile à Ouagadougou.
L’AFASPA rend un hommage à l’homme, au militant et au savant…


JOSEPH KI-ZERBO : UN GRAND AFRICAIN NOUS A QUITTÉ

Né à Toma en Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso), en 1922, de parents paysans, il suivit l’enseignement primaire de missionnaires catholiques puis, devant gagner sa vie, il fut successivement moniteur, journaliste, employé de chemin de fer, surveillant de lycée. En 1949, il passe le baccalauréat en tant que candidat libre.

Il poursuit ses études supérieures à la Sorbonne et à l’Institut d’Études Politiques de Paris dont il est diplômé en 1954. En 1956, il devient le premier agrégé d’histoire issu de l’Afrique noire.

Ses brillantes études ne l’éloignent pas de l’action militante : il fut :

– fondateur et premier président de l’Association des étudiants voltaïques en France ;

– premier président de l’Association des étudiants catholiques africains, antillais et malgaches en France et fondateur de la revue TAM-TAM ;

– membre du bureau de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France dont on connaît la vigueur de l’engagement anti-colonial.

Il enseigna l’histoire, d’abord en France aux lycées Buffon (Paris) et Pothier (Orléans), puis de retour en Afrique, aux lycées Van Vangelhoven de Dakar (aujourd’hui Lamine Guèye). Lorsque la Guinée devient indépendante (1958), il va y enseigner (lycée Donka de Conakry). Puis, son propre pays devenu indépendant à son tour, il y enseigne au lycée Zindo de Ouagadougou. Il est très vite appelé à de hautes responsabilités. Citons :

– Président de la Commission histoire et archéologie du Premier congrès des africanistes (1962-1969) ;

– Président du colloque sur l’encyclopédie africaine (Accra, 1962) ;

– Inspecteur d’académie et Directeur général de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports de Haute-Volta ;

– Président de la Commission consultative pour la réforme des programmes universitaires dans les pays francophones d’Afrique ;

Et plus récemment :

– Membre du Conseil d’administration de l’Institut pour la Recherche et la Fondation des Nations-Unies (UNITAR) ;

– Membre du Conseil d’administration de l’Institut international pour la planification de l’éducation (UNESCO) ;

– Professeur d’histoire de l’Afrique eu Centre d’enseignement supérieur de Ouagadougou.

Son travail d’historien est marqué par la publication en 1972 chez Hâtier d’une Histoire de l’Afrique Noire. Il fut également le coordinateur du premier volume de l’Histoire Générale de l’Afrique publiée en 8 volumes par l’UNESCO.

Dans ces travaux il se livre à une réflexion méthodologique rigoureuse sur le problème que pose à l’historien l’objet particulier qu’est l’Afrique où les sources écrites sont le plus souvent récentes et les sources matérielles et archéologiques très lacunaires. Il montre comment une histoire en est néanmoins scientifiquement possible en combinant de manière maîtrisée les méthodes traditionnelles de l’historien (recueil, inventaire et critique des monuments, documents, des témoignages) et les résultats et méthodes des sciences humaines (ethnologie, anthropologie physique et sociale, sociologie, linguistique etc.). Il accorde une place particulière à une réflexion sur la tradition orale.

Toute sa vie, il a milité pour le développement humain et démocratique de l’Afrique. Dans le dernier ouvrage que nous connaissons de lui (À quand l’Afrique ? Entretiens avec René Holenstein, Éditions de l’Aube, 2003), il s’efforçait de dessiner les contours d’une « force de frappe » démocratique qui puisse donner aux Africains toute leur place dans le monde actuel et l’avenir de l’humanité.
Son combat est le nôtre. Plusieurs d’entre nous à l’AFASPA se souviennent avec émotion de la chaleur de l’accueil qu’il réserva à une de nos délégations à Ouagadougou.

>> Jean-Louis Glory

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