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Dernière mise à jour :
mardi 13 juillet 2021





   
Ce qui se passe vraiment à El Arja-Figuig
Désintox de la propagande marocaine
vendredi 19 mars 2021
Depuis plusieurs jours les médias marocains emmenés par le 360, serviteur fidèle du régime, se déchaînent à propos de la décision de l’Algérie qui a demandé aux cultivateurs marocains de quitter la palmeraie d’El Arja. Le quotidien El Watan a enquêté. Nous reproduisons son article du 17 mars.

Salima Tlemcani, El Watan, 17 mars 2021

Les exploitants marocains ont jusqu’à demain pour quitter l’Algérie

Ce qui se passe vraiment à El Arja-Figuig

Le délai donné par les autorités algériennes aux exploitants marocains de la palmeraie d’El Arja, située à Beni Ouenif, wilaya de Béchar, prendra fin demain. La décision a été prise pour des considérations sécuritaires, liées principalement à la prolifération du trafic de drogue dans la région.

Demain prendra fin l’ultimatum donné aux quelques dizaines de ressortissants marocains de Figuig, pour quitter la palmeraie d’El Arja, située en territoire algérien, dans la région de Beni Ouenif, wilaya de Béchar, qu’ils exploitent depuis des années. La décision a suscité une violente campagne médiatique contre l’Algérie, accusée d’avoir « spolié des terres marocaines ». Officiellement, les autorités des deux pays gardent le silence. Mais qu’en est-il au juste ?

Depuis le début des années 1990, les Marocains de Figuig traversent la ligne de démarcation frontalière, entre leur pays et l’Algérie, pour rejoindre El Arja, cette petite oasis située sur le territoire algérien, pour exploiter les nombreux palmiers qui y poussent et qui donnent une bonne variété de dattes.

Cette ligne de frontière n’a jamais été remise en cause ni suscité un problème quelconque. Le tracé a été reconnu par le Maroc et l’Algérie en 1972, à travers un accord qu’ils ont signé et déposé auprès de l’Onu.

Mais, depuis quelques semaines, des quantités de plus en plus importantes de résine de cannabis, en provenance de Figuig, sont saisies dans la région de Beni Ouenif et de Béchar. « Les autorités locales de Beni Ouenif ont pris attache avec leurs homologues de Figuig pour qu’elles informent les exploitants marocains qu’ils n’ont plus le droit d’accéder à El Arja. Malheureusement, l’information n’a pas circulé. Une délégation d’officiers militaires et de responsables locaux s’est déplacée à El Arja pour s’entretenir avec ces exploitants. Ces derniers ont été informés qu’ils ne pouvaient plus continuer à venir à El Arja, et qu’ils avaient dix jours pour quitter les lieux. Un ultimatum a été arrêté au 18 mars, au-delà duquel tout ressortissant marocain qui traversera la frontière sera appréhendé », nous explique une source de la daïra de Beni Ouenif. Pour notre interlocuteur, ces exploitants, « pas plus d’une quarantaine, n’ont pas fait dans la résistance. Ils savaient tous qu’ils étaient sur une terre algérienne, qui ne leur appartenait pas. Certains ont demandé un délai d’une dizaine de jours pour prendre leurs équipements, qui leur a été accordé ».

En fait, les exploitants se sont retournés contre l’administration de leur pays. Lors de la marche de protestation organisée le 13 mars au centre-ville de Figuig (filmée et diffusée sur les réseaux sociaux par des web TV marocaines), de nombreux manifestants criaient leur colère contre les autorités de leur pays et leur réclamaient des indemnisations. Un ancien commandant de la 3e Région militaire nous affirme, sous le couvert de l’anonymat, que vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, « il y avait un pré-climat d’insurrection dans cette zone, marqué par des escarmouches. El Arja était une oasis abandonnée entre deux petites montagnes, traversée par un oued.

Trafic de drogue Advertisements

Le flanc sud-est des deux montagnes se trouvait du côté algérien, et l’autre du côté marocain. Des années après, quelques Marocains venaient de Figuig pour faire la collecte des dattes, puis ils ont commencé à exploiter les palmiers. Ils y sont restés. Cette région est devenue par suite la route de la drogue ».

En fonction, un autre haut gradé n’hésite pas à faire le lien avec la récente décision de légalisation de la culture du cannabis, prise par les autorités marocaines. Il explique : « L’Algérie a le droit de sécuriser sa frontière avec un pays connu par les organismes onusiens comme étant le premier producteur de cannabis. Les quantités de haschich que le Maroc déverse sur notre territoire ne cessent de se multiplier. Ces dernières années, le royaume a introduit des variétés hybrides de cette drogue aussi dangereuse et peut-être même plus que les drogues dures. Pour n’importe quel Etat, il s’agit là d’un acte de guerre auquel il faut faire face.

El Arja est une localité algérienne et se trouve à quelques kilomètres de Figuig, région connue pour être sur la route du haschich. Les autorités ont décidé de fermer ce passage pour couper la route aux trafiquants. Si durant des années, les Marocains, qui vivaient de cette palmeraie, n’ont jamais été inquiétés, cela ne veut pas dire que la terre leur revient de droit. Il est certain que parmi eux, il y a des gens qui vivent de ces palmiers mais il y en a aussi d’autres qui profitent de la situation pour faire passer de la drogue. »

Selon notre source, « il n’y a pas eu d’expropriation, parce que les exploitants marocains étaient en territoire algérien. L’Algérie est en droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de ses frontières. Surtout lorsque, le voisin la considère comme un ennemi et met en place toute une armée de propagande pour porter atteinte à sa stabilité et à sa sécurité ».

Il faut dire que cet incident intervient quelques semaines seulement après l’annonce par les autorités marocaines de l’achèvement du « prolongement », pour ne pas dire d’un deuxième mur de sécurité séparant le territoire du royaume de celui du Sahara occidental, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec l’Algérie.

Des images satellites, rendues publiques par des médias officiels, montraient, il y a quelques jours, « un prolongement » de 50 km dans la région de Touizgui, de la province d’Assa-Zag, à 3 km seulement du mur algérien de sécurité, précisant qu’il est équipé d’un système de surveillance ultramoderne.

A la veille de la mise en exécution de l’ultimatum, donné aux exploitants de la palmeraie d’El Arja, ni les autorités algériennes ni celles du royaume ne se sont exprimées officiellement sur cet incident. Un incident qui, faut-il le préciser, alimente depuis près d’une semaine la Toile mais aussi la presse marocaine, qui accuse ouvertement l’Algérie d’avoir « exproprié les ressortissants de leur terre ».