ACCUEILL’Afrique bouge< Burkina Faso
Dernière mise à jour :
vendredi 3 novembre 2017





   
Arrestation de François Compaoré en France sur mandat international
Norbert Zongo le journaliste qu’il "fallait faire taire"
lundi 30 octobre 2017
La Justice française a mis à exécution hier le mandat international à l’encontre de François Compaoré, frère du président déchu et réfugié en Côte d’Ivoire. Joséphine Ouédraogo, Ministre de la Justice du gouvernement de transition avait relancé l’enquête sur les assassinats de Thomas Sankara et ses compagnons ainsi que sur celui de Norbert Zongo. Aujourd’hui les Burkinabés exigent qu’il soit remis à la Justice de leur pays afin que la vérité soit faite sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo qui enquêtait sur la mort du chauffeur de François Compaoré.

Le réseau « Vérité pour Thomas Sankara » réclamait dans un communiqué publié le 9 octobre 2017 l’arrestation de Françsoi Compaoré où résident sa femme et ses enfants. D’autre part plusieurs manifestations ont eu lieu au Burkina dont la dernière le 15 octobre organisée par le comité du Mémorial Thomas Sankara, réclamant Justice pour Thomas Sankara. Elle s’est arrêté devant l’ambassade de France pour remettre un mémorandum demandant "la levée le secret défense" et "l’ouverture d’une enquête judiciaire en France pour situer les responsabilités de la partie Française dans cet assassinat planifié.

Il est clair que ces nouvelles exigences de la population burkinabée ont compté pour la mise à exécution du mandat international que la France ne pouvait indéfiniment ignorer, d’autant que le président français envisage un déplacement « au pays des hommes intègres ». Reste à ce que François Compaoré soit extradé comme le demande la justice du Burkina Fasso.

Ci-dessous des extraits d’un des articles de Norbert Zongo qui lui a valu son assassinat avec ses compagnons d’infortunes le 13 Décembre 1998.

Et ce qui devrait arrivé arriva. Un des prisonniers du Conseil est mort (...). Nous parlions des hommes que le petit frère du président Compaoré, François Compaoré a fait incarcérer au conseil de l’Entente pour lui avoir "dérobé" quelques "petits" millions. Trente cinq il paraît. Nous déplorions l’acte tout de symbole en disant que nous sommes, ou plus précisement nous croyons être dans un Etat de droit. Nous disons que monsieur François Compaoré, bien que "petit président" reste tout de même un simple citoyen selon la loi et la Constitution. Nous répétions que nul n’est au-dessus de la loi et que par conséquent, il ne peut et ne doit faire incarcérer des gens présumés coupables de vol au Conseil. Nous relevions la triste contradiction entre le discours politique du chef de l’Etat, ses multiples efforts tant financiers que matériels pour démontrer l’existence d’une saine democratie au Burkina et des actes du genre. Mais nous soulignons qu’au Conseil, on ne sait que torturer et qu’en guise d’enquêtes, il ne peut y avoir que la torture, et encore la torture. Elle a emporté un des prisonniers. Quelles peuvent en être les conséquences ?

Parmi les séquestrés du Conseil, un homme est décédé, dans doute à la suite des tortures (...). Il y a eu mort d’homme au Conseil. Pour un Burkinabé, cela est d’une logique implacable. Au Conseil on a tué. Au Conseil on tue. Et quand on y amène ses voleurs, on ne doit pas être étonné que l’un d’eux succombe. La préméditation est donc établie. Un homme est mort au Conseil. Un mort de trop, pour le président Compaoré. Quand il s’est agit des hommes de Hyacinthe, la situation était moins grave. Une certaine logique en découlait : c’est entre eux, entre le pouvoir et sa sécurité (...).

Il y a des comportements que l’on ne doit pas avoir. Monsieur François Compaoré, frère du président Compaoré, Conseiller à la présidence, celui que nous appelons "affectueusement" petit-président doit le savoir. Il le devrait en tout cas. Pourquoi l’a-t-il fait ? Trois raisons peuvent expliquer à notre avis ce comportement.

La première est la légèreté avec laquelle certains hommes de l’entourage immédiat du chef de l’Etat voient et font les choses. En parole et en acte, la réflexion n’est pas au rendez-vous. On pose des actes sans trop en mesurer les conséquences. Parce qu’on est imbu de sa personne et du pouvoir. Qui peut faire quoi ? La presse ? "Les journalistes peuvent écrire sur leur dos" (...). On se croit tout permis, parce qu’on se permet tout. L’arrogance injurieuse des actes le dispute à la désinvolture de l’analyse quand elle existe. C’est ce qui expliquerait la construction de cette villa cossue face à une université où les grèves et les batailles tournent autour du simple plat de riz. Avec un peu de retenue, on aurait pu se dire qu’il est indécent d’afficher tant de suffisance face à des adolescents sans avenir. Mais la rengaine est toujours prête pour les remarques : " on connaît les burkinabé. Ils sont jaloux et envieux. Moi je m’en fous" (...).

La deuxième raison est que le chef de l’Etat et son entourage immédiat donnent parfois l’impression de ne point croire en leur propre processus démocratique. Ils clament une démocratie tout en démontrant qu’ils sont les premiers à ne point y croire ; en posant des actes maladroitement significatifs par l’exemple (...). À la présidence on privilégie toujours la force du régime. On ne croit pas à la Démocratie à la Présidence du Faso (...). Nous le disions : ils n’ont plus peur de leur peuple. Ceci pour expliquer cela.

La troisième raison est que monsieur le petit-président ne voulait pas ébruiter l’affaire. Trente cinq millions dans sa maison, par les temps qui courent, il faut le faire ! Combien, y a-t-il en banque ? Les 35 millions ont-ils été soustraits seulement ou les voleurs ont-ils tout pris, au cas où ils seraient reconnus coupables ?

Alors pour que le bruit ne se repande pas sur Ouagadougou, on a voulu l’étouffer au Conseil tout en travaillant à récuperer l’argent qui aurait été volé. Et pour récupérer l’argent, on soumet les présumés coupables à la torture. Ils n’ont sans doute pas voulu "avouer qu’ils ont volé". Alors ils en mourront. Un en est mort (...).

In l’independant N°232 du 10 fevrier 1998.