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Dernière mise à jour :
jeudi 20 juillet 2017





   
Réponse de Pablo Granda, candidat Front de Gauche dans l’Essonne à l’élection législative 2017
samedi 17 juin 2017
Préalable : mes réponses peuvent être incomplètes ou avec un manque de détails. Toutefois mon expérience professionnelle passée au Burkina Faso, bénin et Togo et mon histoire personnelle (père de trois filles métisses d’origine togolaise) me permettent d’émettre une analyse que je pense sensée et d’avoir une certaine vision que je veux émancipatrice.

1/ Mettrez-vous fin à l’application du « pacte colonial », c’est-à-dire l’ingérence politique, économique et militaire française en Afrique qui conduit et renforce la faillite des Etats africains dans leurs responsabilités et celle des peuples dans leur souveraineté ? Que comptez vous faire du Franc CFA dont la gestion, l’émission , la convertibilité-parité avec l’Euro sont assurées par la Banque de France et la Caisse des dépôts et consignations et donc relève toujours du droit régalien de la France depuis 1945-1946 ?

Bien évidemment ce « pacte » est un anachronisme. Sans pour autant dédouaner la responsabilité de nombreux chefs d’état africain, il est nécessaire d’arrêter cette ingérence et mettre fin à la Françafrique qui s’appuie sur ces dirigeants (biens mal acquis). Il semble intolérable que le franc CFA soit encore imprimé par la Banque de France. La monnaie ayant cours en Afrique subsaharienne doit être émise par les banques régionales (Afrique de l’Ouest et Afrique centrale) et la politique monétaire décidée par les états africains.

2/ Comptez-vous rendre transparentes les relations entre la France et l’Afrique et redonner au Parlement français le rôle qui lui revient en la matière ?

3/ Dans le cadre d’une coopération d’intérêts réciproques, mettrez-vous fin aux partenariats économiques dédiés à la recherche d’influence dans les anciennes colonies françaises ainsi qu’à l’intervention économique prédatrice d’entreprises privées françaises ou d’élites africaines locales, notamment dans l’accaparement des terres ? Comptez-vous associer aux discussions bilatérales les éléments des sociétés civiles africaines et françaises et sous quelles formes ?

Ces partenariats sont toxiques et destructeurs pour les peuples africains. Il faut y mettre fin et les remplacer par des accords réciproques et équitables. Un contrôle de l’activité de ces entreprises française (comme Bolloré) qui sont de véritables prédateurs et empêchent le développement des droits sociaux, doit être mis en place. L’accaparement des terres est un vrai problème qui vient en concurrence avec le besoin des populations, d’autant plus que le% de terres arables diminue avec notamment la désertification. Les éléments des sociétés civiles africaines et françaises devront être obligatoirement associées. Les modalités d’association dépendront des contextes et pays. Un des éléments du choix sera leur niveau d’influence et de « développement » (leur rapport de force). L’élaboration de « livres blancs » devra être facilités. En France le lien devra se faire au travers de nos représentants au parlement

4/ Comptez-vous mettre fin aux traités de libre-échange signés ou en cours de négociation dénommés « accords de partenariats économiques » qui imposent aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) une ouverture quasi-totale de leurs marchés aux produits en provenance des pays de l’Union européenne, aux conséquences désastreuses pour les économies de ces pays ?

Ces traités sont un élément de domination des pays développés. Il faudra y mettre fin. Les effets dévastateurs des politiques libérales imposées sont bien réels. Les politiques de restructuration du FMI par ex dans les années 90 ont détruit les Services publics, qui n’étaient pas toujours efficaces mais ce manque se ressent fortement. Aujourd’hui dans des pays à forte dominante rurale il n’y a plus d’acteurs de proximité pour aider au développement

5/ Les productions africaines, y compris agro-alimentaires, sont directement concurrencées par des productions occidentales subventionnées. Quelles dispositions comptez-vous prendre pour sauver ces pans de l’économie africaine, déjà en grande difficulté, qui sont dans cette configuration menacés d’effondrement ?

Cette concurrence s’apparente à du dumping. On reste sur un schéma vieux de plus de 50 ans. L’Afrique produit des matières premières agricoles et la transformation, génératrice de plus values se fait en Occident par exemple. Le cours du blé se fait à la City. Il faudrait contrôler les subventions à l’export, voire les supprimées. Nous ne produisons pas de produits agricoles uniquement pour les exporter. De plus ces exportations cassent l’activité des producteurs locaux, agricoles comme agroalimentaires. A Cotonou au Bénin l’arrivée chaque semaine de cargos remplis de cuisses de poulets congelés plonge les petits producteurs de poulets dans la misère. Il faut d’ailleurs remarquer que ces producteurs sont hautement « compétitifs » (je n’aime pas ce terme) de par la structure du travail en Afrique (principalement familiale). Une aide (notamment en terme de formation et d’accès au crédit) devra être mis en place pour aider au développement de l’agriculture de PME pour des productions plutôt de circuit cours, adaptées au marché local et respectueuses d’un développement harmonieux.

6/ Comptez-vous instaurer des mécanismes de traçabilité des matières premières pour mettre fin au pillage illégal : or, terres rares, bois des forêts équatoriales, coltan, pétrole, patrimoine culturel... ?

Bien évidemment. En France et en Europe avec un aspect judiciaire. Mais il faut aussi renforcer les services publics de contrôle, sur place et même d’ailleurs en France.

7/ Comptez-vous développer une Francophonie du partage et de l’échange culturel et social ou continuer à l’utiliser comme instrument de démantèlement des pluralités linguistiques et à lui faire défendre les intérêts géostratégiques de la France en Afrique ?

La Francophonie comme outil de défense des intérêts géostratégiques et instrument de démantèlement des pluralités linguistiques est une aberration. D’autant plus que, au niveau au dessus, l’anglais risque de laminer ce système. L’’Afrique héberge des milliers de langues que l’on appelle (de façon méprisante) vernaculaires, certaines ayant le rang de langues nationales. Le français reste dans certains pays une langue administrative. Mais ce français est enrichi et cela en fait une langue en évolution et vivante. Il faut une politique de partage bien en opposition avec une vision portée par des gens comme Sarkozy

8/ Comment comptez-vous soutenir la formation de cadres scientifiques et techniques en Afrique permettant aux pays africains de disposer des compétences nécessaires à leur développement ?

Cette question est complémentaire de la 5/. Des accords d’échange devraient être mis en place : facilitation du mouvement des apprenants lorsqu’ils viennent en France. Appui au montage de formations dans les universités africaines. Formation en ingénierie pédagogique. Collaboration sur des programmes de recherche internationaux et publiques, sans brevétisation des connaissances. Accès au savoir et aux connaissances gratuitement. Développement ou création quand il est inexistant, d’un enseignement technique et professionnel sur tout le territoire, y compris en milieu rural Mais le fond du problème reste les moyens financiers. Nous devons porter notre aide au développement au niveau préconisé par l’ONU (je crois que c’est 0,7%) voire aller jusqu’à 1%

9/ Quelle est votre position concernant la dette des pays d’Afrique et ses mécanismes qui restent assujettissants pour les économies nationales, comme le processus de ré-endettement forcé d’Etats en difficulté ?

Il faut annuler la dette africaine, qui, comme les traités existants, concourt à l’appauvrissement des pays africains, à l’enrichissement du système capitaliste et détruit les velléités de développement et oblitère fortement les politiques publiques des pays africains. De plus ces sommes ne seront jamais récupérées et aujourd’hui les pays endettés ne remboursent que les intérêts.

10/ Comptez-vous démanteler les bases militaires françaises en Afrique ? Dans cette perspective, quelles mesures comptez-vous prendre pour répondre à des politiques de défense autonomes en Afrique ? Comptez-vous répondre aux pays du Sahel pour assurer leur propre sécurité intérieure et extérieure ?

Oui. Elles sont l’héritage du passé coloniale de la France. La présence militaire française ne résout pas les problèmes de présence de groupes terroristes dans le Sahel. Permettre à chaque état d’être doté de forces de défense efficaces me semble plus judicieux. Une force multilatérale sous l’égide de l’ONU doit être mis en place et des mesures pour rendre difficile le financement d’AQMI doivent être examinées.

11/ A propos des peuples revendiquant leur indépendance. La France administre deux territoires non autonomes inscrits sur la liste de l’ONU. En Nouvelle Calédonie la population autochtone et les autres résidents de longue date de nationalité française, doivent s’exprimer dans un ou plusieurs référendums d’autodétermination dont le premier aura lien en 2018 selon les accords de Nouméa (1998). Quelles dispositions comptez-vous prendre pour que cette consultation ait lieu dans le délai prévu et qu’elle soit libre et sans contrainte ?

En Polynésie française où la population a revendiqué le désir de s’exprimer sur son devenir conformément à la Charte des Nations Unies, quand comptez-vous organiser un référendum d’autodétermination.

Sahara occidental - Comptez-vous œuvrer positivement pour l’organisation du référendum d’autodétermination prévu par le plan de paix de l’ONU depuis 1991, permettant aux Sahraouis d’exercer leur droit imprescriptible de peuple colonisé, comme le stipule la Charte des Nations Unies ? Vous engagez-vous à ce que la France cesse de s’opposer à doter la MINURSO d’une mission de surveillance des droits de l’homme comme le sont toutes les missions de la Paix dans le monde ? Dans le cadre des importations de produits agricoles et de pêche, ferez-vous respecter la décision de la Cour de Justice Européenne qui exclue de l’accord Maroc/UE, les produits issus du territoire non autonome du Sahara occidental ?

Pour la Nouvelle Calédonie, si je suis favorable à un référendum d’autodétermination (rappel des évènements d’Ouvéa), par contre je n’ai pas réfléchi aux modalités à mettre en œuvre pour qu’il se déroule selon le calendrier et dans la sérénité. Pour la Polynésie française, le plus rapidement possible c’est-à-dire fin 2018 au plus tard. Pour le Sahara occidental, je suis aussi favorable et la France doit arrêter de s’opposer à la dotation d’une mission de surveillance de la MINURSO. Bien évidemment l’exclusion des produits agricoles en provenance du Sahara occidental de l’accord Maroc/UE est inacceptable.

12/ Comptez-vous vous conformer aux résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU en respectant le résultat du référendum aux Comores dont la population a opté à 95% pour l’indépendance, et rétrocéder à son archipel, l’île de Mayotte illégalement annexée en 1975 ?

Sur le principe oui mais j’avoue que le fait que Mayotte soit devenu un département, à mon sens, va poser un problème dans la mesure où la population de Mayotte ne sera peut être pas favorable. Il y a une réflexion à avoir et une consultation de la population.

13/ Comptez-vous appliquer la résolution 3491 du 12 décembre 1979 de l’Assemblée générale des Nations Unies invitant la France à entamer des négociations avec l’Etat malgache en vue de la réintégration des quatre « îles éparses », Europa, Juan de Nova, Glorieuses et Bassas da India, qui sont dans les eaux territoriales de Madagascar mais lui ont été séparées à la décolonisation ?

sur cette question, je suis favorable de principe (autodétermination des peuples) mais j’avoue ne pas dominer le sujet.

14/ Comptez-vous promouvoir le travail des historiens sur le rôle de la colonisation en Afrique et sa reconnaissance officielle par notre pays à propos du traumatisme qu’elle a engendré pour les peuples et les pays colonisés ?

A 100%. Je regrette que l’histoire enseignée dans le système scolaire actuel ait fait une impasse sur ce pan de l’histoire. Il faut permettre que des travaux de recherche soient permis et surtout financés.

15/ Comptez-vous reconnaître les crimes d’Etat liés à la conquête coloniale, à la colonisation et aux luttes de décolonisation en Afrique et plus particulièrement : à Thiaroye au Sénégal en décembre 1944, Sétif et Guelma en Algérie en mai 1945, Madagascar de 1947 à 1952 et à Paris le 17 octobre 1961 ?

16/ Comptez-vous contribuer à la recherche de la vérité sur les responsabilités de la France dans le soutien que son corps expéditionnaire a apporté dans l’organisation des forces armées rwandaises au printemps 1994 ? Comptez-vous soutenir la recherche des responsables du génocide qui ont trouvé refuge en France afin qu’ils soient traduits devant la justice ?

17/ Comptez-vous élucider les crimes d’Etat perpétués, parfois sur commande de dictateurs africains, sur le sol de la France : du Marocain Mehdi Ben Barka, de l’Algérien Mohamed Boudia, du Tchadien Outel Bono, de l’Egyptien Henri Curiel et de la Sud-africaine Dulcie September ?

18/ Ferez-vous lever le secret-Défense sur les documents concernant les assassinats de Maurice Audin en 1957 en Algérie et du juge Bernard Borel en 1995 à Djibouti ?

Sur les questions de 15 à 18, pour moi elles traitent d’un même sujet : la non reconnaissance de la responsabilité de la France (crimes d’Etat, Rwanda..) et le manque de transparence de la politique française sur ce qui a trait à l’Afrique. Je suis donc favorable à tout ce qui pourrait éclairer ces « affaires », mettre en lumière le rôle trouble de la France au RWANDA et lever tous les secret-défense sur les dossiers d’opposants.

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