ACCUEILL’Afrique bouge> Algérie
Dernière mise à jour :
mercredi 29 novembre 2017





   
Célébration du 68e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme,
jeudi 22 décembre 2016
Alors que l’on constate la répression de manifestations syndicales en Algérie, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme a dédié la célébration du 68e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, aux droits économiques et sociaux.

Noureddine Benissad, Président de la LADDH précise au journal El Watan « Notre pays a ratifié le pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, c’est ce qu’on appelle la deuxième génération des droits de l’homme. A ce titre, il est de la responsabilité de l’Etat de protéger les catégories sociales les plus démunies et les classes moyennes, notamment les catégories les plus vulnérables, les retraités, les enfants, les femmes, les malades, les chômeurs et ceux dont les revenus sont faibles. C’est un devoir qui s’impose au regard donc de ses engagements internationaux. Mais il est aussi de son devoir d’organiser la solidarité nationale envers les plus démunis d’entre nous. On remarque que les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres encore plus pauvres et le constat est valable en période d’embellie financière ou en période de crise. Autant pendant la période des vaches grasses, la répartition de la richesse nationale n’était pas équitable, autant il est inconcevable qu’on puisse répartir les effets de crise équitablement.

Certains droits, comme le droit à l’éducation, aux soins, à une retraite décente, à l’emploi et au logement sont des droits incompressibles, il va de la préservation du tissu social et de la cohésion sociale. C’est aussi une question de dignité humaine. La justice sociale se trouve ainsi liée à la question des droits de l’homme de deux façons : parce qu’elle est au cœur même des droits de l’homme comme elle est au cœur de la démocratie. »

« Notre pays a vécu sous un état d’urgence de 1992 à 2011, soit pendant 19 ans. Durant cette période, toutes les libertés ont été mises « sous état d’urgence », autrement dit des libertés suspendues ; nous avons salué la levée formelle de l’état d’urgence en 2011, mais force est de constater que sur le terrain, il n’y a pas eu de progrès. Pis encore, on a relevé une régression notamment par le contenu de certaines lois liberticides, comme la loi relative aux associations qui est incompatible avec la Constitution et les conventions internationales relatives aux droits de l’homme, notamment le Pacte international sur les droits politiques et civils ratifié par notre pays. Nous avons présenté, en 2012, avec un certain nombre d’associations, un projet alternatif conforme aux standards internationaux afin de permettre aux citoyens et citoyennes de s’organiser librement. Notre texte est de nature à jeter les jalons d’une société civile active. Il est incontournable pour toutes les actions citoyennes dans les différents domaines de la vie sociale.

Les libertés de manifester, de se réunir, de s’organiser et, par conséquent, de s’exprimer pacifiquement sont malmenées sur le terrain, malgré le fait que ces libertés sont consacrées par les textes sus-indiqués. La LADDH continuera de revendiquer l’exercice des libertés, de faire un effort pédagogique pour vulgariser ces droits auprès de l’opinion publique et par la formation de ses militants aux droits de l’homme.

Nous continuerons à appeler à l’indépendance du pouvoir judiciaire de manière à lui permettre d’être un véritable garant des libertés individuelles et collectives et d’être aussi un « producteur de jurisprudence » et des libertés. Nous sommes d’ailleurs en attente des lois organiques sur le statut de la magistrature et du Conseil supérieur de la magistrature, prévues par la loi 16-06 du 6 mars 2016 portant révision constitutionnelle, pour voir s’il y a une véritable volonté politique de donner un sens au principe de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs et in fine de l’indépendance du pouvoir judiciaire. »

Interrogé sur la création prochaine d’un Haut conseil des droits de l’homme et l’opportunité qu’elle offre pour pousser l’Algérie au rang des nations respectueuses des droits de l’homme , il a répondu « L’utilité d’une telle instance dépend de la volonté politique de promouvoir les droits de l’homme. Il existe après tout dans les pays démocratiques les mêmes instances consultatives pour conseiller et faire des propositions aux autorités afin d’intégrer les droits de l’homme dans leurs politiques publiques et les différentes législations. Cependant, le respect des droits de l’homme est devenu, partout dans le monde, un enjeu politique majeur, de sorte que la dénonciation de leur violation, de son appropriation formellement ou par le discours, obéit au moins autant à des stratégies étatiques qu’au souci de protéger les victimes.

C’est pour ces motifs que c’est à travers la société civile que s’exprimera toute la vitalité sociale qui est en mesure, pour peu qu’elle soit encouragée, de proposer des réponses aux principaux défis de la société. La société civile peut être une source d’innovation et peut contribuer fortement à la transformation de la société. Toute société a besoin de contre-pouvoirs pour faire entendre les voix des sans-voix et être le porte-voix de ceux qui ont des voix et qui ne peuvent s’exprimer. L’appropriation des droits et leur défense sont une cause citoyenne et il n’y a que les citoyens à travers leur organisation qui peuvent les porter très haut. »

A propos de la politique suscitée autour de la situation des migrants subsahariens en Algérie, il a déclaré « Il faut d’abord démystifier la question des migrants. La migration, et contrairement aux affirmations péremptoires utilisées d’ailleurs outre-mer par des idéologues du populisme et l’extrême droite, est d’abord intra-africaine à 90%. Nous avons entendu des propos inacceptables concernant les migrants.

Les discours ont tendance à mélanger les choses, car il y a plusieurs sortes de migrants africains : les migrants économiques, ceux qui viennent chercher un travail décent pour subvenir à leurs besoins et leurs familles en général laissées dans leurs pays d’origine ; les migrants climatiques, la nature dans leurs pays est dévastée ; les réfugiés qui ont fui les guerres et les exactions et les demandeurs d’asile qui ont fui la répression. On connaît leurs conditions de vie chez nous, ils sont dans des demeures de fortune souvent sans eau, ni chauffage ni électricité et parfois ils vivent avec femmes et enfants. C’est une situation dramatique sur le plan humain. Il faut rappeler aussi les conditions inhumaines du voyage, puisque ces migrants font des milliers de kilomètres dans des conditions épouvantables.

Ces migrants ont des droits, notamment le droit aux soins, à une couverture sociale quand ils sont recrutés surtout dans le secteur du bâtiment, à la scolarisation de leurs enfants en âge d’être scolarisés et à être traités comme des humains. Notre pays a toujours été une terre d’accueil, d’asile et d’hospitalité et nous avons un devoir de solidarité pour ces êtres humains qui n’ont rien, mais qui tiennent à leur dignité. »