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Dernière mise à jour :
mercredi 11 octobre 2017





   
La France en Centrafrique
SOUS COUVERT DE MANDAT DE L’ONU, LA DÉFENSE DU PRÉ-CARRÉ
Position de l’AFASPA
samedi 7 décembre 2013
Le 5 décembre 2013, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé un déploiement militaire en RCA « pour une période de douze mois », avec une clause de révision à six mois. La résolution dote la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique, « sous conduite africaine ») d’un mandat de protection des civils et de stabilisation du pays, mais elle prévoit aussi la création d’un fonds fiduciaire pour financer ses activités et instaure une commission d’enquête sur les droits de l’Homme. La résolution envisage également un embargo sur les armes et des sanctions ciblées contre les responsables d’exactions. En théorie, la France est juste associée à la Misca mais, en réalité, elle en imposera, forcément...

La France en Centrafrique
SOUS COUVERT DE MANDAT DE L’ONU, LA DÉFENSE DU PRÉ-CARRÉ

Le 5 décembre 2013, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé un déploiement militaire en RCA « pour une période de douze mois », avec une clause de révision à six mois. La résolution dote la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique, « sous conduite africaine ») d’un mandat de protection des civils et de stabilisation du pays, mais elle prévoit aussi la création d’un fonds fiduciaire pour financer ses activités et instaure une commission d’enquête sur les droits de l’Homme. La résolution envisage également un embargo sur les armes et des sanctions ciblées contre les responsables d’exactions. En théorie, la France est juste associée à la Misca mais, en réalité, elle en imposera, forcément...

La République Centrafricaine  : 4,6 millions d’habitants, ancienne colonie française, pays exsangue malgré ses richesses en terres arables et en ressources naturelles (bois, diamant), reste un pays fragile sur le plan sécuritaire. La situation dramatique actuelle est en grande partie l’aboutissement de l’ingérence de la France, ici comme ailleurs, mettant en place des organes politiques à la solde des intérêts économiques des multinationales qu’elle soutient. L’avant-dernier épisode remontait à mars 2003, dans la prise en force (avec l’aide de la France et du Tchad d’Idris Déby) du pouvoir par M. Bozizé qui a ensuite exercé de façon solitaire, absolutiste et clanique le pouvoir avec sa formation politique KNK (Kwa na Kwa) sans répondre aux besoins de la population, délaissant des régions entières de l’intervention de l’Etat.

En décembre 2012, le conflit civil inter-centrafricain s’est intensifié au point que le trio de sous-traitants régionaux de la Françafrique Déby-Sassou N’Guesso-Biya s’est cru devoir s’en mêler pour essayer de contenir les opposants au président Bozizé. Les accords de paix («  Accords politiques sur la résolution de la crise politico-sécuritaire en République centrafricaine  ») signés à Libreville (Gabon) le 11 janvier 2013 avaient ainsi débouché sur la formation d’un gouvernement d’union nationale composé du camp du président en exercice, de l’opposition et de la rébellion  : Bozizé n’a eu de cesse de ne pas appliquer ces accords, radicalisant ainsi ses opposants politiques irréductibles. Le 24 mars 2013, les rebelles centrafricains de la coalition Seleka (rassemblant les combattants de plusieurs organisations d’opposition) prenaient le palais présidentiel de Bangui, au terme d’une offensive-éclair lancée pour renverser le président Bozizé qu’aucun patriote, aucun défenseur des droits humains n’a regretté ni pleuré : ce dernier n’a jamais créé les conditions de la paix ni voulu la concorde et, encore moins, cherché à engager le moindre processus crédible de développement pour le pays. D’emblée, le pouvoir putschiste Seleka suspendait la Constitution et dissolvait l’Assemblée nationale. Originaire du Nord-Est, région isolée, historiquement marginalisée et à majorité musulmane, Michel Djotodia, s’est autoproclamé président après le coup d’État  : il prévoyait de «  remettre le pouvoir à un président élu » après une période de transition d’une durée de trois ans.

Depuis la prise du pouvoir par la Seleka, c’est un calvaire qu’imposent ses partisans aux populations : enrôlement d’enfants-soldats, viols des filles, des adolescentes et des femmes, destructions des biens, pillages à grande échelle... Ce ne sont qu’exactions, représailles voire exécutions sommaires pour la population exaspérée par les pillages et viols commis par les soldatesques opposées (entretenues par les revenus tirés de l’exportation illégale de diamants).

L’insécurité faisait partie du quotidien de la population avant le coup d’État. Elle s’est accrue depuis celui-ci en raison de la circulation des armes et de l’indiscipline des milices et impacte sur les activités agricoles et commerciales, ce qui suscite plus que des inquiétudes concernant la sécurité alimentaire. Le calvaire des Centrafricains tourne au drame absolu : presque 500 000 personnes chassées de chez elles, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants affamés, victimes de violences... Des centaines de milliers de personnes n’ont plus accès à l’aide humanitaire et aux services de base.

Selon CCFD-Terre solidaire, de retour de rencontres sur place avec ses partenaires de la société civile centrafricaine, le chaos règne dans la capitale et dans tout le pays  : «  un emballement de la violence sur fond de tensions inter-religieuses et inter-ethniques risque d’amener le pays vers un point de non-retour. (...) Des affrontements interreligieux menés d’un côté par les milices d’autodéfenses (Anti-Balakas) qui, en voulant lutter contre les exactions de la Séléka, ciblent les musulmans sans distinctions. De l’autre, et en réaction, les éléments de la Séléka qui mènent des actions de représailles contre les chrétiens (...) »

«  Devant les événements qui se déroulent en République centrafricaine, la communauté internationale n’hésite pas à parler de ‘catastrophe imminente’, de ‘chaos complet’, de ‘souffrances inimaginables’ dans ce pays  », selon Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International. Ainsi, les dernières évolutions au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ont ouvert la voie à une résolution, constamment réclamée par la société civile centrafricaine (parmi d’autres). Cette résolution engagera l’indispensable protection des populations civiles qui ne peut pas se faire sans l’appui d’une force extérieure : ce sera la MISCA - force africaine - et la France - toujours puissance tutélaire de son ancienne colonie.

Début 2013, François Hollande a refusé son soutien à Bozizé après avoir expliqué que ce qui se passait était un problème interne à la Centrafrique et que «  Les forces françaises sur place ne sont là que pour protéger les ressortissants et les intérêts de la France...  ». Des intérêts français pour contrôler le pétrole et le ciment centrafricain confiés par Bozizé aux intérêts sud-africains et chinois  ? Et surtout aucune intervention politique de la France auprès du président tchadien Idiss Déby qui lui doit tout et soutient les bandes criminelles de la Seleka sur son territoire.

Démarche à géométrie variable pour des raisons économiques, forcément : sur cette question centrafricaine, la France joue le pyromane-pompier dans son pré-carré, alors que monsieur Djotodia, soutenu par des despotes françafricains notoires en plus de ses parrains coreligionnaires de la région et d’ailleurs, n’a jamais caché son projet de création d’un état islamiste en Centrafrique. Pendant que les populations déplacées, martyrisées et terrorisées ne sont plus à même d’exercer leurs droits démocratiques, le pillage pourra continuer avec la complicité des «  élites » locales, y compris en changeant de marionnettes.

La France, puissance autrefois coloniale, et impérialiste aujourd’hui, n’est aucunement qualifiée pour régler les problèmes africains. La sempiternelle question reste la suivante  : pour quand le changement des relations entre la France et les Etats indépendants d’Afrique comme la République Centrafricaine  ? L’AFASPA l’a posée à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères de la France dans un courrier daté du 6 mai 2013 lui évoquant la situation centrafricaine et proposant une rencontre avec des Centrafricains de la société civile... Jusqu’à ce jour, nous n’en avons reçu aucun retour.