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lundi 22 mai 2017





   
Manifestation de soutien au peuple Centrafricain éprouvé
Allocution de Jean-Bosco PELEKET
lundi 8 avril 2013
Le parvis des Droits de l’Homme à Paris accueillait ce 6 avril 2013 une manifestation de soutien au peuple centrafricain durement éprouvé par les conséquences de la politique du régime Bozizé et de la rébellion Seleka. Jean-Bosco Peleké y a fait a déclaration suivante.

Chers compatriotes, amis et citoyens du monde

Aujourd’hui, nous avons choisi et décidé de nous réunir ici, à Paris, sur le parvis des Droits de l’Homme, nous Centrafricains, Africains, Français, Européens, Citoyens du monde parce que des enfants : filles et garçons, des adolescents, des femmes et des hommes sont massivement violentés, victimes de pires exactions, que dis-je, des abominations sur leurs propres terres par un pouvoir absolu qui vient d’être terrassé par une cohorte de rebelles hâtivement rassemblées mais dont le comportement s’apparente plus aux fourmis magnans et aux mercenaires des temps anciens qu’aux combattants de la liberté.

Après la décennie noire du régime de Ange-Félix Patassé (1993 - 2003) que d’aucun ont surnommé l’ange de la mort pour avoir :

-   totalement déstructuré la RCA,

-   inoculé le venin du tribalisme, dressé les populations du nord du pays contre celles du sud, entretenu la haine,

-   ruiné l’économie, fait entrer en Centrafrique des milices et armées étrangères pour sauver son pouvoir avec les conséquences désastreuses sur les droits humains : viols, crimes de guerre, crimes contre l’humanité lesquelles ont valu l’ouverture d’une instruction judiciaire par la Cour Pénale Internationale,

-   jeté les forces vives, les intelligences et les jeunes sur les routes de l’aventure et de l’immigration.

Le général François Bozizé, bras droit de celui-ci dans la répression des populations, retourna ses armes contre son mentor en mars 2003, et se présenta aux populations exténuées, en « libérateur », entouré de maquisards enturbannés totalement inconnus des Centrafricains. Nombre de compatriotes las de l’exil et en quête de postes de représentation lui emboîtèrent le pas.

Bien vite, les honnêtes gens et le peuple se rendirent compte de la supercherie et la parenthèse Abel Goumba qui permit de faire accréditer un moment, l’idée de l’ouverture et de percée démocratique fut fermée.

Les règles de la démocratie ne conviennent point à ce général, par ailleurs adepte d’une secte. Le catéchumène n’est assurément jamais sorti du purgatoire.

Ainsi que les observateurs sourcilleux s’y attendaient, Bozizé s’est illustré par l’exercice solitaire et clanique du pouvoir, un mode de gestion aux antipodes de la bonne gouvernance politique et économique, une allergie aigüe et un mépris affiché des droits de l’homme.

Bozizé président de mars 2003 à mars 2013 ne s’embarrassait pas de formules, lorsqu’il prenait la parole en public, à la radio ou lors des meetings, en Sango, la langue nationale centrafricaine. Il déclarait, à chaque montée de tension politique qu’il ne cèderait le pouvoir que par la force des armes et qu’entre temps, il aura « dépecé » tout ennemi vaincu.

Il ne s’est pas contenté de le dire, il l’a fait et à de nombreuses reprises.

Durant ses 10 années de pouvoir absolu, François Bozizé s’est entouré de disciples qui se sont évertué à voir en chaque opposant politique, un coup d’état en préparation et à trouver des ennemis du peuple dans d’autres ethnies que la sienne.

Les opposants politiques, ceux que Bozizé qualifie imperturbablement « ennemis » sont pourchassés, arrêtés, torturés, mutilés et connaissent la mort dans des conditions les plus dégradantes, les plus humiliantes. L’homme n’a jamais tenu aucune parole, même celle convenue avec ses paires et notamment les Chefs d’Etats d’Afrique centrale qui l’ont pourtant sauvé à plusieurs reprises de situations difficiles.

Bozizé n’a jamais créé les conditions de la paix ni voulu la paix, la concorde et encore moins, engager le moindre processus de développement pour le pays.

Autant de pratiques qui ont ruiné son crédit et son autorité, ont fait le lit des contestations, conduit aux rébellions comme celle qui vient de s’emparer du pouvoir de l’Etat à Bangui.

Personne en Centrafrique, en tout cas aucun patriote, aucun défenseur des droits humains ne regrette ni ne pleure le renversement du régime Bozizé.

Mais quelle est la situation aujourd’hui dans ce beau, vaste pays aux immenses potentialités agricoles, aloétiques, cynégétiques et minières ? Vous avez remarqué que je ne parle pas de richesses car il n’est de richesse que d’hommes, de femmes instruits, conscientisés, responsables et en mesure de construire leurs destins.

Voilà 4 mois (10 décembre 2012 - 6 avril 2013) que Séléka, groupement de plusieurs factions rebelles, a pris les armes, conquis une à une les principales villes du pays pour s’emparer enfin de Bangui la capitale et du pouvoir de l’Etat le 24 mars 2013.

Nous avons suivi Séléka à la trace grâce aux témoins oculaires, aux victimes dont ce propos de l’une d’elles, rapporté de Bambari, « déjà morte dans sa chair [parce que violée] », elle a tenu à témoigner « mourir pour mourir debout, libérée, sans peur ».

Qu’est ce qui a été rapporté ? :

-   enrôlement des enfants-soldats,

-   viols des filles, des adolescentes, des femmes,

-   vols, destructions des équipements, des rares entreprises encore en fonctionnement dans le pays,

-   destructions des maisons, pillages à grande échelle, y compris des églises et lieux de culte,

-   molestations des prêtres, d’un évêque.

Les porte-paroles de Séléka en Afrique et surtout à Paris se sont évertués à nier les faits, « à s’inscrire en faux contre ces allégations ».

Mais voici que Bangui est atteint à son tour, le 24 mars. La déferlante a tout emporté sur son parcours. C’est un véritable tsunami !

Les vols, les destructions, les pillages dans les administrations, les entreprises, les pavillons et domiciles privés sont indescriptibles.

Pire, l’eau et l’électricité ont été coupées. On ne compte plus les morts dans les hôpitaux de Bangui ! Les nouvelles autorités autoproclamées n’ont toujours pas pris la mesure de la catastrophe 12 jours après, pas plus que les ambassades et représentations des pays dits amis en RCA !

La profanation, à Bobangui, du mausolée de Barthélemy BOGANDA, président fondateur de la RCA a soulevé une vague d’indignation et de condamnation de tous les Centrafricains. A Paris, nous sommes élevés, de manière unanime et avec force, contre cet acte lâche et odieux et avions demandé aux autorités autoproclamées de diligenter, sans délai, une enquête afin de faire la lumière et traduire les misérables auteurs et leurs commanditaires en justice.

Radio Ndekeluka que vous pouvez écouter sur internet, seule média non tombée entre les mains de Séléka rapporte tous les jours le calvaire des populations.

Au cas où les autorités politiques à Paris et ailleurs ne seraient pas correctement informées par leurs représentants sur place à Bangui, nous leur adressons depuis le parvis des Droits de l’homme à Trocadéro, ce cri :

-   les Centrafricaines et les Centrafricains sont dans une situation désespérée. Qu’attendez-vous pour faire en sorte que le calvaire ne tourne pas au drame absolu ?

Aux Françaises, aux Européennes, aux femmes citoyennes du monde, nous relayons les cris de détresse des filles, des adolescentes, des femmes de la République Centrafricaine. Vous ne pouvez plus ignorer et faire comme si vous ne le saviez pas.

Levez-vous, intervenez auprès de vos représentants politiques, tant au niveau local qu’au niveau national afin que tout soit mis en œuvre pour mettre fin aux calvaires des filles, adolescentes, femmes centrafricaines.

Et vous, compatriotes, Centrafricaines, Centrafricains, Français, Européens, Citoyens du monde ici réunis :

-   intervenez également auprès de vos élus locaux et nationaux

-   faites en sorte que les remparts et silence que certains commencent à dresser autour de la tragédie centrafricaine n’étouffent pas définitivement la voix des sans voix, la voix de notre peuple qui se bat pour vivre libre et digne sur ses propres terres.