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mercredi 11 octobre 2017





   
CONTESTATIONS SOCIALES ET MUTINERIES AU BURKINA-FASO : Essai d’analyse
vendredi 15 juillet 2011

CONTESTATIONS SOCIALES ET MUTINERIES AU BURKINA-FASO : Essai d’analyse


Depuis février 2011, le climat social s’est alourdi au Burkina-Faso où la contestation du régime Compaoré est devenue massive. Nombre de villes en ont été le théâtre : Bobo-Dioulasso récemment et hier, Ouagadougou, Dédougou, Dori, Fada N’Gourma, Gaoua, Kaya, Ouahigouya, Poa, Pô, Tenkodogo, Yako et Koudougou point de départ des évènements, suite au décès, dans des conditions non élucidées, de l’élève Zongo Justin dans un commissariat de la ville. Devant cet énième cas de trop, de torture à mort qui rappelle d’autres restés impunis, la jeunesse, à qui le régime livre une guerre sociale sans nom, se soulève et affronte à mains nues les balles de la police. Ces tensions, relayées depuis par des mutineries inédites dans les casernes, interviennent après les grèves des travailleurs, les marches contre la vie chère et les appels à démission du pouvoir.

En effet, depuis 1987, les mécontentements se sont accumulés, jusqu’à devenir explosifs. Ils mettent en cause l’incurie et l’incapacité du régime à sortir les populations des difficultés de l’existence quotidienne : difficultés à se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner, se cultiver, ou à trouver un emploi dans un contexte de chômage endémique. Dans les campagnes laissées à l’abandon, la démission du régime-État entretient la résignation et l’immobilisme. La misère y est partout physique et visible sur les corps. Seule une kyrielle d’ONG (taux d’encadrement-organisations non gouvernementales = 1°/°° habitants) locales ou occidentales y reste investie, palliant ainsi à l’absentéisme étatique, tout en œuvrant avec les forces les plus conservatrices que sont les chefferies coutumières rétrogrades et les affidés locaux du parti au pouvoir, le CDP (Congrès pour la démocratie et le peuple).

Ce tableau saisissant laisse sans illusion la grande masse des burkinabè. En un quart de siècle de pouvoir exclusif, le régime Compaoré s’est montré infoutu d’amorcer le développement économique et social promis après la liquidation sanglante de la RDP (Révolution démocratique et populaire) de Thomas Sankara en octobre 1987. Mieux, il en a saboté les acquis et s’est révélé n’être qu’un régime de démission et de prédation clientéliste. En menant une politique de malfaisance sociale qui condamne les masses à l’indignité, les travailleurs et la jeunesse au chômage ou à la précarité, il a érigé les injustices sociales, le mépris, les assassinats, l’impunité et la corruption en système de gouvernement qui écœure les Burkinabè et insulte l’identité et le nom même du pays. Et c’est sur ce tableau de la pourriture systémique que pousse et prospère une mince couche de saprophytes et d’opportunistes éhontés.

La jeunesse n’a cessé de dénoncer cet état de fait par de multiples manifestations de rejet. Systématiquement, le pouvoir lui a opposé la brutalité meurtrière de sa police ; ce qui inévitablement la poussait, écœurée, à réagir par le saccage et la mise à feu de tout symbole d’Etat trouvé à portée de mains : sièges de gouvernorat local, commissariats, mairies, directions d’administrations, et même des résidences privées de notables au pouvoir.

Quant aux travailleurs, las et déprimés par des salaires de misère, ils n’ont cessé de multiplier les grèves et autres marches de protestation contre la vie chère, l’incurie, le clientélisme et l’affairisme prédateur du régime. Mais en vain, pour des raisons évidentes : des oppositions en état de faiblesses organisationnelles et confrontées à un pouvoir soutenu par l’Occident.

En effet malgré son implication mafieuse dans nombre de trafics (or, diamants, armes...) et guerres civiles en Angola, au Soudan, au Libéria, en Sierra-Léone, au Togo, en Guinée, au Niger ou récemment en Côte d’Ivoire, en plus des assassinats à domicile, l’orientation néolibérale et pro-occidentale du régime Compaoré lui vaut l’impunité et le soutien de la fameuse « communauté internationale » qu’incarne l’ONU (Organisation des nations unies) devenue l’autel-fétiche des puissances impérialistes et détentrices du droit de veto. Et c’est fort de ce soutien, en plus de celui des socialistes français, de Kadhafi en quête de reconnaissance internationale et de Houphouët Boigny qu’il réussit l’assassinat de la révolution en 1987.

Depuis, le pays est devenu, en complément du Maroc et du Gabon, un pôle majeur d’ancrage néocolonial françafricain. Un climat de malfaisance sociale s’y développe, insécurisant et anxiogène, en y révélant la vraie nature de Blaise Compaoré : un satrape affairiste à domicile, doublé d’un valet au service du grand capital satisfait de tenir là, sous la main, un « nègre exceptionnel et docile » engagé contre l’indépendance des peuples d’Afrique. Dès lors, la mise au pas de la presse burkinabè devient sévère et pathétique. On y apprend désormais à « marcher sur le ventre » en célébrant un régime de ruine sociale et de démocratie de façade décrépie, lézardée, mais chichement financée et validée par l’Europe, la France et le système onusien néo-impérial.

Cette orientation réactionnaire du régime détermine tout. La société s’est polarisée dangereusement. Une minorité sacrément embourgeoisée par des niveaux jamais égalés de corruption et d’affairisme mafieux côtoie dans l’arrogance la misère de la grande masse tenue en respect par toutes sortes de violences sociales, physiques et symboliques. L’État caporalisé et soumis désormais à une gestion patrimoniale familiale, clientéliste s’enfonce dans la violence sociale et politique néocoloniale, en accentuant les inégalités et en approfondissant par conséquent la polarisation sociale. Les répressions et l’impunité criminelle se banalisent. Le rejet du régime se cristallise en cocktail explosif fait de tensions et de mutineries.

Ces dernières, motivées au départ par des refus de sanctions de justice pénale, ont fini par mettre en avant, par la suite, des revendications pécuniaires. Elles n’ont épargné aucune garnison et se sont exprimées sous forme de violences exclusives sur les populations civiles et une poignée de personnalités dont le maire de Ouagadougou et quelques officiers supérieurs d’état-major. Hormis celles de Bobo-Dioulasso qui eurent lieu en plein jour, elles furent généralement nocturnes, commençant toujours en caserne par des tirs sans cible spécifique et finissant en ville par le pillage ou saccage des commerces et la panique des populations. Si l’on écarte une mise en scène où le simulacre de la crainte côtoie la surprise, le grand Sachem lui-même, bien que paradoxalement peu visé par les mutins crut bon de se retirer momentanément à Ziniaré son village natal où, sur la base d’une conception bornée de l’aménagement du territoire, il projette un aéroport international, une université, un hôpital et d’autres grands équipements et où il dispose d’une résidence et d’un zoo peuplé de fauves ; histoire d’avoir toute la savane à ses pieds à domicile. Mais il revint aussitôt à Ouagadougou dès qu’il comprit que les mutins, par insuffisance politique et corporatisme étroit, ne l’indexaient nullement comme l’ennemi principal dans tout ce raffut. Resté sourd jusqu’ici aux revendications sociales, il se dépêcha d’entamer des négociations avec les casernes. Dans la foulée, en avril, il procéda à un remaniement ministériel où il congédia le libéral Tertius Zongo son premier ministre pour le communiquant Luc Tiao, limogea le chef d’état major, endossa lui-même le manteau de ministre de la défense et fit appel à d’anciens « chameaux coureurs » en guise d’étais au régime devenu vermoulu sur ses bases, mais fermement soutenu par les structures réseautiques du grand capital en plus des instances de l’ONU ; cette ONU désormais exportatrice du droit d’ingérence des puissances occidentales qui, sous leur coupe, la tiennent, la disqualifient et continuent d’agiter au nez et à la barbe des Africains des hochets juridiques et l’illusion d’un « siège nègre » au sein de son conseil permanent, dans un contexte néolibéral fondamentalement générateur d’indignité de masse.

Inapte à opérer une politique de développement endogène et populaire, le régime Compaoré, coincé par ses propres choix néocoloniaux, se retrouve réduit à des mesures cosmétiques en guise de réponses à la crise que connaît le pays. Aussi le peuple burkinabè n’attend rien de cet énième remaniement ministériel de « blancs bonnets » pour « bonnets blancs ». Sauf à faire illusion, le constat parle de lui-même : aucun développement économique n’est possible en contexte néocolonial et il n’y a pas de cas historique qui illustre le contraire, qu’on pourrait donner en exemple aux élites africaines. Seuls s’amplifient ici le pillage, l’exploitation, l’endettement, la violence et le mensonge au profit des couches parasitaires locales, de la bancocratie mondiale et du grand capital spéculatif et prédateur de ressources énergétiques et stratégiques.

D’où la nécessité d’une rupture radicale avec l’impérialisme. Une alternative dont le régime Compaoré est incapable. Son ancrage néocolonial réactionnaire voire mafieux, sa soumission zélée aux injonctions anti-développement et anti- travailleurs du FMI (Fonds monétaire international), de la BM (Banque mondiale), de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ou du Club de Paris missionnés à assurer la prédation financière au moyen de la dette contre la souveraineté des peuples, ont fait du personnage un « veilleur de nuit » au service du capital décidé à étrangler les peuples au moyen de l’austérité qui les condamne à des conditions d’existence sociale indécentes et cousues de soucis matériels quotidiens insurmontables.

De ce point de vue, les mutineries des casernes s’inscrivent parfaitement dans le malaise social général. Impunies au départ, elles ont surpris, scandalisé ou étonné avec sympathie. Sans être la cible prioritaire, le sommet du pouvoir en a été ébranlé. Manipulées ou spontanées ?, elles confineraient au folklore si elles n’avaient pas été émaillées de brutalités criminelles et de violences inutiles sur d’innocent(e)s citoyen(ne)s. On ne sait rien non plus des tenants et aboutissants de tout ce manège de la soldatesque burkinabè. Celle-ci aurait agi autrement si elle en voulait au régime qui ces derniers temps a fourni aux diverses missions onusiennes de maintien de la paix, pas mal de troupes supplétives recrutées sur des bases népotistes ou vénales, dans un contexte de chômage de masse. Bénéficiant de soldes mirobolantes, même les troufions de base de ces nouveaux corps expéditionnaires des missions onusiennes en revenaient multimillionnaires. Aussi leur sélection dans le contexte d’une armée et d’un État gangrenés par l’affairisme ventripotent donnera lieu à des magouilles sans nom : des recrutements vénaux contre des engagements à reverser au retour quelques dixièmes du pactole à une chaîne d’officiers recruteurs positionnés en lien d’allégeance clientéliste avec le sommet de l’État. Rien que des pratiques de corruption indignes qui ne furent pas sans lien avec la grogne des casernes et qui expliquent en partie les prolongations sans fin de certaines missions de maintien de la paix.

À l’évidence, ces missions ont fait des heureux, mais aussi des aigris qui se sont sentis privés d’opportunités juteuses pouvant les mettre à l’abri des inégalités et des rancœurs au sein d’une armée socialement polarisée entre une base populaire pauvre et une hiérarchie supérieure engluée dans le conservatisme bourgeois et l’aisance matérielle concédée par le régime. Régime dont la corruption jusqu’à l’os et l’ancrage françafricain ont fait du Bachaga burkinabè un zélé garçon de courses doublé d’un médiateur affairiste et pompier-pyromane au service de l’impérialisme.

Avec duplicité et constance, il banalise en interne la fureur dépolitisée des premières mutineries, initie des rencontres et gestes d’apaisements, pour ensuite, du 3 au 6 juin 2011, mater dans le sang, par les moyens de la Garde présidentielle dépêchée sur place, les mutins de Bobo-Dioulasso. Bilan : sept morts, une centaine d’arrestations et de nombreux éléments évaporés dans la nature avec armes et bagages.

La leçon est claire et conforme au personnage. On ne badine pas avec un satrape de cette envergure qui, face à des questions socio-politiques, répond inévitablement par la brutalité armée. Et l’erreur des mutins de Bobo-Dioulasso, c’est d’avoir opéré en plein jour et oublié que Blaise Compaoré n’est pas le mannequin inoffensif en polystyrène extrudé et costume-cravate que les médias aux ordres présentent aux publics. Depuis octobre 1987, Houphouët Boigny inspire le personnage missionné à assurer la permanence de l’ordre néocolonial en Afrique de l’ouest ; et c’est à ce titre qu’il a servi de bras droit versatile et de « cheval de Troie » des intérêts franco-occidentaux dans la crise ivoirienne. En retour il bénéficie de toutes les protections et complaisances de l’Occident où objectivement la démocratie bourgeoise en état de décomposition avancée s’appelle désormais « bonne gouvernance » et se nourrit des régimes de satrapes imposés à l’Afrique.

Blaise Compaoré en « nègre-exceptionnel docile aux occidentaux » n’a objectivement rien à craindre des casernes indigènes burkinabè. Malgré les dénégations officielles, c’est sans débat ni contestation interne qu’il dispose depuis septembre 2010 de la protection de forces spéciales françaises basées à Ouagadougou, au prétexte, d’une part, de la lutte contre l’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et ses prises d’otages dans la zone sahélo-saharienne et d’autre part, par anticipation sur le projet d’installation de l’US-Africom (Commandement intégré américain pour l’Afrique - basé en Allemagne) au Burkina Faso ou à Benghazi que l’impérialisme occidental projette d’annexer.

En plus de favoriser l’installation de bases étrangères dans le pays, Blaise Compaoré s’est entouré de toutes les garanties. En interne, il a le soutien des forces conservatrices que sont les chefferies coutumières, les différentes fractions réactionnaires de la bourgeoisie et petite bourgeoisie. En externe il a les faveurs des puissances occidentales plus que jamais engagées dans le cycle sans fin de l’exploitation et de l’asservissement des peuples. Mais il n’est pas seul à s’investir dans ce jeu pervers de négation de la souveraineté nationale. Comme lui, nombre de régimes africains évoluent dans la même direction : trahir la cause des peuples et le projet d’une Afrique réunie sur une base progressiste qui rejette la dette, le FMI, l’OMC, les dépendances monétaires coloniales comme le Fcfa (Franc des colonies françaises d’Afrique), les pillages économiques occidentaux ou asiatiques, les bases militaires étrangères destinées à soutenir des prédateurs-pantins au pouvoir, sans oublier le rejet de toutes les nouvelles armes de la domination néocoloniale qu’incarnent les ONG de l’humanitarisme d’ingérence occidentale et les structures de coopération asservissantes et asymétriques avec leur pléthore de conseillers techniques, juristes ou économistes néolibéraux plus que jamais hostiles à toute idée de révolution sociale et missionnés à convertir au tout marché des bandes d’agents africains aux ordres. Ainsi, au Burkina-Faso comme en Tunisie, en Égypte, en Côte d’Ivoire ou dans le reste de l’Afrique, ce sont ces élites structurées en réseaux transnationaux et d’orientation droitière néoconservatrice qui imposent d’en haut aux peuples cette mondialisation capitaliste destructrice de vies, de cultures locales, de services publics, de droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ou de droits humains.

Décidées à pérenniser l’intégration interne et externe du pays au système capitaliste en crise, les mêmes élites, tout en se servant sur l’Etat, le conduisent dans des impasses qui renforcent et légalisent sur des bases juridiques néoconservatrices ses démissions quant à ses fonctions d’encadrement social et infrastructurel. En ce sens, on connaît leur pedigree : ce sont d’opportunistes brillants, recrutés, cooptés ou adoubés par les structures réseautiques néolibérales des monopoles occidentaux, de la maçonnerie ou du système international financier (FMI, BM et OMC) et juridique (instances onusiennes). Au Burkina-Faso comme ailleurs en Afrique néocoloniale, cette espèce d’élites idéologiquement débilitées truste massivement les sommets de l’État, les sociétés civiles et empêche toute rupture avec la domination impérialiste. Uniquement préoccupées par l’individualisme mesquin et un idéal de réussite étroite et bourgeoise, ces gens là ont le cynisme chevillé au corps et sont prêts à s’enrichir de tous les trafics, rébellions et guerres de déstabilisation néocoloniales de régions entières. Le régime Compaoré et les structures organiques qui le servent en sont là, dans un machiavélisme qui n’écarte pas l’hypothèse d’une manipulation des mutineries.

En effet tout indique qu’elles ont servi à repérer les éléments hostiles et ambitieux dans les rangs. En grand putschiste brutal et manipulateur, il n’est pas exclu qu’il ne soit pas lui-même à la manœuvre dans toute cette affaire, qui, momentanément, lui a permis d’aliéner de façon réactionnaire les rapports entre les populations et l’armée, fournisseuse historique jusqu’ici de relève politique. Et si tel était l’objectif, le but est atteint : l’opinion burkinabè qui s’exprime sur ces évènements dans la presse, se révèle massivement violente et orientée dans le sens d’un rejet non du régime, perçu comme victime d’une soldatesque délinquante et antirépublicaine, mais bien de l’armée accusée de tous les maux. Mieux, la représentation diplomatique française et de l’UE (Union européenne) qui disposent du pouvoir réel à Ouagaduogou se lâchent et condamnent le désordre de la « cour de récréation » burkinabè sommé au silence et à plus de poigne. Le surréalisme surprend, inimaginable à Brasilia ou à New-Delly ! Depuis, la reprise en mains suit un cours inédit. Dans les casernes on expurge les rangs ; et la justice civile et militaire aux ordres sont mobilisées. La France et l’UE promettent les lumières et le savoir-faire de leurs experts et agents spéciaux en la matière.

On croit rêver ! De bonnes âmes qui ont soutenu la rébellion armée et les ingérences étrangères en Côte d’Ivoire se gargarisent ici de leçons de morale ou de discipline militaire à respecter ; et sans sourciller, les mêmes pressent le pouvoir d’appels à désarmer, à licencier, à châtier, à mater, ou même à liquider les mutins. Ces appels à la fermeté et la brutale liquidation des mutineries de Bobo-Dioulasso ont présentement fait oublier l’état de pourrissement avancé du régime Compaoré sur lequel poussent depuis un quart de siècle, la fine fleur de la corruption, du clientélisme de l’affairisme débridé, de l’impunité et du mépris de la démocratie caporalisée par une clique des plus réactionnaires de l’histoire politique du Burkina-Faso.

Tout un tas de facteurs se conjuguent pour faire le lit de la longévité prédatrice du pouvoir : en plus du soutien occidental, il y a en interne, les positionnements à droite de maintes structures que sont la presse locale, de larges secteurs de la société civile (syndicats, associations, ONG...) ou de l’opposition politique ancrée non dans l’anti-impérialisme exigeant, mais bien plus dans le réformisme institutionnel. Nombre de ses leaders sont en attente d’alternance néocoloniale franchement réactionnaire. C’est le cas avec Zéphirin Diabré de l’UPC (Union pour le progrès et le changement) ou de Ablassé Ouédraogo que soutiennent les structures néo-impériales occidentales. Le premier est au service d’AREVA, la multinationale de l’uranium qui pollue toute l’Afrique de l’Ouest avec les poussières radioactives émanant de ses sites d’extraction au Niger, où elle pille au passage et sans contrepartie les nappes d’eau fossiles du pays. Le second roule pour l’OMC où il fut directeur général adjoint. Rien que des françafricains de relève néocoloniale qui prôneront l’amnistie pour Blaise Compaoré ; des succédanés du pantin-Ouattara au Burkina-Faso et pour quel avenir ? D’autres comme eux ont été satellisés et/ou gratifiés de strapontins ministériels. Des bureaucrates syndicaux enclins au carriérisme ou fragilisés par un climat politique insécurisant ont été débauchés.

Résultat, les contestations du régime ont connu des déchirements, perdu des forces, manqué de synergie d’actions entre, d’une part, les luttes des travailleurs, des scolaires ou étudiants de l’ANEB (Association nationale des étudiants burkinabè), et, d’autre part, les protestations-agitations des organisations politiques de masses telles l’UNIR-PS (Union pour la renaissance/Parti sankariste) de Maitre Benewendé Sankara, ou le PCRB (Parti communiste révolutionnaire burkinabè - jusqu’ici clandestin). Et c’est bien regrettable que l’opposition politique à un régime usé à vomir se soit révélée inapte à politiser les tensions sociales (grèves et autres marches contre la vie chère, les bas salaires, le chômage des jeunes, les privatisation des transports, de l’eau, l’énergie, les mines, les télécommunications, la poste, l’imprimerie nationale... le démantèlement des services publics de santé, d’éducation, de la protection sociale) et les mutineries dans le sens d’une inversion radicale de tendance qui aurait imposé au pays une perspective de rupture progressiste. Mais à cela, il n’y a qu’une condition : abandonner la ligne des réformes qui décrédibilise toute opposition et pérennise la dépendance néocoloniale. Et seule une ligne de rupture anti-impérialiste, non dogmatique, de politisation progressiste des tensions de rejet du régime Compaoré et de refus de ses initiatives de manipulations institutionnelles est porteuse d’une deuxième révolution à la suite de Thomas Sankara au Burkina-Faso.

PARÉ Harana, militant AFASPA
(Le 6 juillet 2011)