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samedi 24 juin 2017





   
RONY BRAUMAN - L’intervention en Libye, “un engrenage épouvantable”
mercredi 23 mars 2011
Ecoutez surtout l’interview à France Inter au bas de la page du Blog de Lemonde.fr avant qu’elle ne soit effacée ou marchandisée... Titillé par la rigoureuse et pas complaisante Pascale Clark, Brauman est d’une imperturbable cohérence éthique et humaniste : cela nous change d’un certain intellectuel libéral médiamenteur, boutefeu et en décolleté...

Au troisième jour de l’intervention internationale en Libye, le consensus qui entoure l’action militaire française semble être remis en cause. Dans une interview sur France-Inter (vidéo ci-dessous), Rony Brauman estime que l’”on s’engage dans un engrenage absolument épouvantable”.

“Ce qui me gêne dans cette opération, c’est qu’on prétend installer la démocratie et un Etat de droit avec des bombardiers (...) ; à chaque fois qu’on a essayé de le faire, non seulement on a échoué mais le remède que’on prétendait apporter était pire que le mal”, dénonce l’ancien président de Médecins sans frontières L’humanitaire cite la guerre en Afghanistan, dans laquelle les Occidendaux sont “déjà enlisés”, et l’intervention de l’ONU en Somalie en 1992 : “Des interventions destinées à prévenir des massacres, j’en ai vu d’autres, elles ont gelé la situation et les massacres qui se sont produits ultérieurement ont été pires”, affirme Rony Brauman. Surtout, il s’interroge sur les buts de l’opération, “flous et inatteignables”. “A quel moment on va pouvoir dire ‘mission accomplie’ ? (...) Comme il n’y en a pas (des objectifs), ça n’arrivera pas”, poursuit Rony Brauman.

Interrogé sur des mesures alternatives, il soutient la diplomatie et le renseignement : “On ne va pas faire la révolution à la place des Libyens, nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes pas tout-puissants”, conclut-il.

Communiqué de l’Assemblée Générale de l’AFASPA du 12 mars 2011 :

EN LIBYE, EN TUNISIE, EN EGYPTE COMME AILLEURS C’EST AUX PEUPLES D’ASSURER LEUR DESTIN

L’AFASPA, réunie en assemblée générale salue les soulèvements des peuples qui se sont succédés depuis octobre 2010 sur le continent africain pour obtenir le respect de leurs droits fondamentaux, rejeter l’arbitraire d’Etat au service de puissances mafieuses politico-financières. Ce mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur, passant du Sahara occidental colonisé à la Tunisie, puis à l’Egypte et ayant gagné aujourd’hui le Maroc, l’Algérie, la Libye, et plus récemment Djibouti ou encore le Burkina Faso... Il entend remettre en cause l’autoritarisme et la violence, la misère pour le plus grand nombre, l’absence d’une justice indépendante et de perspectives d’avenir pour la jeunesse.

Si en Tunisie le peuple arrive à préserver la nouvelle ère qu’il s’est ouverte par l’éviction d’anciens alliés de Ben Ali de toute responsabilité et la mise en place d’une assemblée nationale constituante, en Egypte les politico-financiers tentent de préserver leurs intérêts dans une alliance avec les Frères musulmans, présentés comme figure de l’opposition au régime de Moubarak.

Cet élan pour une vie digne et le mieux être est menacé par un double danger. La possible folie meurtrière de dirigeants prêts à tout pour s’agripper au pouvoir, comme l’illustre en Libye la dérive sanglante de Mouammar Kadhafi et de son clan. L’irresponsabilité d’un monde occidental pris au dépourvu mais résolu à maintenir ses rapports de domination sur l’ensemble du continent africain. La France sarkozyenne bat de ce point de vue les records de gesticulation diplomatique : hier son gouvernement proposait de faire bénéficier le régime Ben Ali du « savoir faire » de nos « forces de l’ordre » ; aujourd’hui elle adopte un ton résolument boutefeu, parlant d’imposer à la Libye une zone d’interdiction aérienne, voire des frappes ciblées dont la finalité est gardée sous le coude par l’actuel hôte de l’Elysée. En fait, tout indique que ce soudain aventurisme guerrier est au moins autant lié à une volonté de redorer un blason intérieur bien défraîchi qu’à une quelconque réflexion de fond sur le devenir des relations entre le monde arabe et l’Union européenne.

Il y a quelques semaines encore, Paris adulait un Kadhafi promu au rôle de vigile de la « forteresse Europe ». Il est vrai qu’il dispose d’une « force financière » très importante investie dans les pays riches (14 milliards d’euros en France), injectée dans la plupart des Etats africains et les institutions africaines. Une garantie de fidélité.

Désormais, il est voué aux gémonies et l’heure serait venue d’envisager un schéma semblable à celui établi pour la guerre du Kosovo, préparant le terrain propice au contrôle du devenir politique du pays. Quitte à prendre de vitesse les autres gouvernants européens en reconnaissant un comité national, dirigé par un ancien ministre du « guide suprême », dont on ne sait qui il représente vraiment. Une fois de plus la cellule de l’Elysée improvise dans une diplomatie-spectacle opportuniste. Ce n’est certes pas ce dont le peuple libyen a besoin en termes de solidarité.

L’AFASPA dénonce le danger de mettre en œuvre, sous quelque autorité que ce soit, le plan proposé par la France et la Grande Bretagne en vue d’établir une zone d’exclusion aérienne qui implique obligatoirement une intervention militaire dans les airs et sur terre. Cet acte de guerre créerait immanquablement un nouveau conflit dans le monde dont les populations libyennes seraient les premières victimes. Ce scénario de « l’ingérence humanitaire » joué en Irak et en Afghanistan mais aussi par la France qui est intervenue militairement plus de 60 fois en Afrique dans une vingtaine de pays depuis les indépendances, n’a jamais bénéficié aux populations, mais a permis de maintenir une domination Nord-Sud qui fait le jeu du monstre démesuré impérialiste.

L’AFASPA regrette le vote de députés européen de gauche en faveur d’une telle escalade militaire incontrôlable qui ne tient aucun compte des aventures guerrières dangereuses précédentes dans le monde. Elle réaffirme sa consternation devant les appels de la France et de la Grande-Bretagne à des formes d’intervention susceptibles de générer un véritable engrenage de guerre. Sans d’ailleurs apporter la moindre garantie d’efficacité pour arrêter la répression et les exactions armées du régime de Kadhafi contre les opposants libyens. Pire, elle permet à Kadhafi lui-même, tout en bombardant des villes, d’instrumentaliser une telle menace pour tenter d’enlever toute légitimité au mouvement en lutte contre son régime.

Les chantres de l’intervention militaire s’attachent en fait à éviter les formes de pression économiques, politiques et judiciaires susceptibles de nuire au tyran tout en revalorisant le mouvement populaire qu’ils redoutent en premier lieu.