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samedi 24 juin 2017





   
BURKINA-FASO : LA JEUNESSE SE SOULÈVE
lundi 28 février 2011
La jeunesse se révolte au Burkina-Faso, depuis le début de la semaine qui s’achève, sans que les grands tambours occidentaux ne soufflent mot. Plus que tout, les révoltes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient préoccupent ces grands canaux de la désinformation mondiale qui savent se taire sur les causes réelles et les vrais acteurs de ces contestations populaires que l’on cherche à désarmer par ailleurs et dont on sent des frémissements jusqu’en Afrique sub-saharienne où les mécontentements se sont accumulés au fil des ans.

C’est déjà le cas au Burkina-Faso où à Koudougou, dans le centre-ouest, le décès d’un jeune dans les locaux de la police a mis le feu aux poudres. Depuis lundi 21 février, la jeunesse est dans un état de révolte électrique dans la ville, où confrontée à la violence de la répression policière qui a fait de nombreux tués par balles dans ses rangs, elle a saccagé et mis le feu au siège du gouvernorat de la province. Sur place, les autorités locales s’employaient toujours à calmer l’inacceptable, par des mensonges et des omissions de responsabilités quant aux brutalités du régime Compaoré. Le bilan s’est alourdi : à ce jour, il est de 5 morts, en plus d’au moins une centaine de blessés dont certains dans un état grave. La révolte fait tache d’huile. Elle s’étend désormais à Ouagadougou, la capitale, ainsi qu’à d’autres villes de provinces comme Poa, Ouahigouya et autres.

Au-delà de tels symptômes éruptifs, la raison profonde de cette contestation de la jeunesse est évidente : depuis 1987, année de l’assassinat brutal de Thomas Sankara et de l’inversion réactionnaire du processus révolutionnaire décapité à gauche de la façon la plus sanglante et crapuleuse, le régime usé jusqu’à l’os par l’incurie, la corruption et toute une série de brutalités sans nom, se maintient malgré tout, grâce à la politique du bâton et de la carotte.

Dans ce contexte, les frustrations de la jeunesse et le délitement social généralisé se sont dangereusement accumulés. La base de cette accumulation est traversée par des courants inouïs d’hostilité souterraine qui, par moment, profitent d’évènement déclencheurs pour remonter à la surface sous forme de révoltes contre le régime qui caporalise l’Etat à son seul profit. Et c’est le cas ici, où curieusement et sans surprise, les médias dominants français ou occidentaux et les antennes diplomatiques de toutes ces grandes « Démocraties », comme à leurs habitudes, quand il s’agit de défendre des intérêts concrets néocoloniaux et impérialistes, ne voient rien de ce qui se passe dans le pays. Ils sont juste atteints de cécité ou de myopie passagère qui les empêche de regarder en face, là où la vraie nature du régime Compaoré s’est toujours dévoilée. Un régime de tyrannie redoutablement efficace et missionné à défendre les intérêts stratégiques français en Afrique de l’Ouest. Et voilà pourquoi, on lui déroule à l’Elysée, le tapis rouge du sang de nos peuples.

Qu’il affame son peuple ou réprime sa jeunesse, n’est pas le principal ; ce qui importe est qu’il serve les intérêts néocoloniaux jusqu’à l’obsolescence de son pouvoir. En attendant, on se contente d’agiter, sous son nez, des hochets de principes d’ordre humanitariste qu’il sait compléter lui-même, pour faire bonne figure, par une série de mascarades électorales qui sauvent l’essentiel : 24 ans de tyrannie prédatrice, affairiste et protectrices des intérêts néocoloniaux. Voilà pourquoi l’Occident et ses institutions du capitalisme mondialisé l’encensent, s’activent à le missionner en médiateur dans les crises et guerres civiles africaines que le néocolonialisme provoque et mène localement en sous-mains. Bref, la bonne affaire ! Voilà encore un Africain exceptionnel : une aubaine pour l’Occident mais un danger pour les peuples d’Afrique dont on assassine dans l’impunité les filles et fils gênants pour les intérêts occidentaux. De ce point de vue, l’exceptionnalité de Blaise Compaoré dans les milieux néocoloniaux en Occident confirme sa stature de prédateur exceptionnel, adoubé par eux et reçu dans leurs loges, comme tant d’autres, en parfait négro-maçon et décorés à souhait de toutes sortes de breloques qui flattent l’infantilisme et perdent la tête et la raison à la fois.

Dans ces conditions, le système répressif qu’il met en branle régulièrement au Burkina-Faso, peut continuer à se déployer en toute impunité jusqu’au jour où il devra des comptes. En attendant, des familles pleurent actuellement, dans la douleur insupportable, la mort de leurs enfants : de jeunes manifestants simplement en colère contre l’avenir indigne et bouché qu’on leur projette. Devant ces constats horribles, où est la presse française prompte à intoxiquer, hier sur le Rwanda et aujourd’hui sur la Côte d’Ivoire ? Mais cette question n’est pas une demande d’ingérence armée ou humanitaire-humanitariste dans les affaires africaines. Elle est plutôt une invitation à sortir du jeu des connivences d’intérêts ligués contre l’avenir des peuples d’Afrique et celui de leurs jeunesses.

A ce niveau, les silences, les amalgames, la confusion des genres et les manipulations médiatiques ou diplomatiques restent à l’évidence des signes d’accompagnement de la politique d’étouffement social que le régime Compaoré impose à tout un peuple. Grand ami africain de la France, Blaise Compaoré est depuis octobre 1987, l’épine dorsale de la Françafrique, après avoir décapité, le processus révolutionnaire du capitaine Thomas Sankara qui, on le sait, n’arrangeait pas les affaires du néocolonialisme franco-africain et de l’impérialisme.

Non content d’imposer la désespérance sociale aux Burkinabès, Blaise Compaoré est devenu aujourd’hui le cheval de Troie de la France dans la crise ivoirienne. Ancien putschiste armé contre la démocratie chez lui-même, il est missionné par Sarkozy pour défendre celle-ci en Côte d’Ivoire ; c’est-à-dire régler une crise d’élections formelles par les moyens de la guerre contre la volonté et la souveraineté de la nation, de l’Etat et des institutions ivoiriennes.

Une telle mission au contenu de classe les plus réactionnaires, si elle aboutissait, serait un précédent dangereux pour l’Afrique, en termes d’ingérences armées, occidentales, futures dans les affaires africaines. Les régressions politiques et sociales qui en résulteraient, conforteraient bien de convictions racistes qui, par clichés coloniaux et inepties culturelles occidentales, prétendent que « l’Afrique n’est pas encore rentrée dans l’Histoire. » La bonne blague pour justifier de nouvelles missions civilisatrices en Afrique ! Bien sûr, ce jeu pervers auquel Blaise Compaoré se prête, vise deux objectifs politiques mesquins : faire diversion sur ses propres échecs à domicile et pérenniser dans le même mouvement, les intérêts de l’impérialisme français et occidental au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire et ailleurs dans la sous-région. Et il vaut mieux à ce niveau qu’il échoue. Sa réussite dans ce pari compromettrait gravement la paix et l’avenir commun de nos peuples. Aussi, l’Afrique consciente des enjeux en cours a la responsabilité de rappeler à Blaise Compaoré qu’il ne peut continuer de se tromper de combat ; et c’est ce que lui dit la jeunesse burkinabè à Koudougou, à Ouahigouya, à Poa, à Ouagadougou malgré les balles assassines de sa police. Pour la énième fois, celle-ci tire sur la colère sociale à main nue, à un moment où il est plus qu’urgent pour le régime de se préoccuper de la question sociale en interne à domicile.

La jeunesse reste en droit de se dresser contre l’impunité, la corruption et l’affairisme clanique prédateur que son pouvoir a institués en système ; et qui le minent. Elle est en droit de rejeter le chômage et la précarité de masse qu’on lui propose comme plan d’avenir. Aussi, l’intensification de la répression et la fermeture des école ou des universités, depuis le mardi 22 février, ne sauraient tenir lieu de réponses à cette jeunesse en quête de sens à sa vie, de réalisation de soi, de reconnaissance et d’émancipation par le travail, la culture... ; ni aux masses qui aspirent à l’accès aux soins de santé, à l’alimentation et à l’eau potable, à un système éducatif et scolaire désaliéné, à l’habitat décent et aux services publics de qualité... ; en somme tout l’inverse de ce qu’elles vivent de nos jours.

Les fausses promesses faites, lors des mascarades électorales, n’y ont jamais rien changé. Dans la réalité, les travailleurs des villes et des campagnes rament à trouver des solutions aux problèmes de l’existence quotidienne : se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir, se déplacer ou se cultiver tout simplement. A aucun de ces niveaux, le bilan du régime en place depuis 1987, n’est glorieux. Seules les couches dominantes qui accaparent les ressources par les moyens de l’Etat s’en sortent.

La corruption, les assassinats extrajudiciaires, le clientélisme prédateur ont achevé de miner les institutions et de cadenasser nombres de consciences individuelles. La jeunesse, confrontée à la précarité et au chômage de masse, n’a plus foi en l’avenir. Au quotidien, les travailleurs des villes et des campagnes sont tenus à la gorge par les exigences des plans d’ajustement structurels imposés par le FMI. Dans ce décor de ruine, le régime continue de laminer et d’intimider une opposition politique éparpillée, tenue en cage par lui, ou acculée à jouer, pour l’extérieur, les rôle de faire valoir à une façade démocratique décrépie.

Derrière cette façade délavée, le régime, même usé jusqu’à l’os, conserve encore l’abominable énergie qui lui reste : celle des répressions brutales contre les travailleurs, les scolaires et les étudiants ou les opposants politiques ; bref, contre le peuple Burkinabè qui, face à un pouvoir socialement malfaisant, n’a jamais désarmé dans ses luttes pour l’émancipation.

PARE Harana

Membre du Bureau National