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vendredi 7 décembre 2018





   
Lettre à la délégation ad hoc du Parlement Européen au Sahara 0ccidental
Les limites du droit de savoir
mercredi 11 février 2009
C’est contraintes et forcées que les autorités marocaines ont dû accepter la venue en janvier 2009 de la commission ad hoc du Parlement Européen qu’elles avaient repoussée deux fois depuis plus d’un an. Le Palais avait soignesement préparé le programme et les interlocuteurs à sa solde, en ne réservant sur 3 jours qu’une demi-journée pour les rencontres avec les associations sahraouies de défense des droits de l’Homme.

Jusqu’au dernier moment la police a empêché l’accès à la salle de réunion des militants sahraouis, des parlementaires ont dû aller en chercher certains qui étaient refoulés. La population sahraouie venue nombreuse pour manifester devant l’hôtel Parador a été tabassée, comme certains militants dont ont été enlevés plusieurs heures durant lesquelles ils ont été insultés et molestés.

L’AFASPA a adressé le courrier suivant au Président et aux membres de la délégation pour leur dire son indignation devant une telle situation de violence et de mépris.

Bagnolet le 29 Janvier 2009

Monsieur Ioannis KASOULIDES Président de la commission ad hoc du Parlement européen Mesdames, Messieurs les membres de la délégation

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

L’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique se réjouit que la délégation ad hoc du Parlement européen ait pu enfin se rendre au Sahara Occidental pour s’informer de la question des Droits de l’homme. Cependant, au vu des événements de la journée du 27 janvier dernier, on constate que les autorités marocaines ont tenté, et en partie réussi, à ce que vous ne puissiez rencontrer les organisations de la société civile sahraouie qui ne partagent pas le point de vue officiel à propos de ce territoire non autonome, pour lequel un processus de décolonisation est en cours depuis les années 60.

Nous avons été informés par diverses sources que la police a organisé un véritable bouclage du quartier de l’hôtel Parador où vous receviez les organisations. Ce filtrage auquel vous avez été confronté pour permettre aux délégués de l’AMDH de vous rencontrer, a empêché de venir à vous les syndicalistes de la Confederacion Sindical de Comision Obreras Sahraoui (CC.OO.S).

Les policiers ont d’autre part tabassé deux militants du Comité contre la torture de Dakhla : Mahjoub Ould Cheikh (dont le frère est disparu depuis mars 1980), et Ahmed Moussa (dont le père est disparu depuis novembre 1980). Ce dernier ainsi que Rachid Sghaer ont été enlevés dans une voiture banalisée de la police. Rachid Sghaer a été relâché à 19h30 dans une avenue de la ville mais Ahmed Moussa a été emmené à 20 km au sud de Laayoune où il a été jeté hors du véhicule puis sauvagement tabassé. Ses tortionnaires l’ont menacé de représailles s’il se confiait aux organisations de défense des droits de l’Homme.

La volonté d’entraver votre travail d’enquête est manifeste puisqu’il s’est permis, hors de toute procédure légale, de confisquer deux téléphones portables, une clée USB et un cartable contenant une documentation à votre attention. La mise en oeuvre de ces exactions inadmissibles sont le fait du chef Aziz ANOUCHE, qui a procédé à l’enlèvement des deux jeunes gens. Il d’ailleurs cité dans de nombreux témoignages de victimes de tortures à Laayoune et figure à ce titre dans le rapport de l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch publié en décembre 2008.

Mais le commanditaire ne se trouve pas à Laayoune. Cette attitude est délibérément organisée par les autorités marocaines. Elle ne doit pas rester sans réaction de la part du Parlement européen qui vient d’accorder le statut avancé au Maroc en parti dû aux efforts fournis en matière de droits humains. On en voit ici toutes les limites. Nous espérons que vous ne serez pas sans réagir à cet affront fait à votre délégation, qui bafoue la sincérité des relations de partenariat entre le Maroc et l’Union Européenne mais également le respect du droit d’expression au Sahara Occidental.

Recevez, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, l’expression de notre haute considération.

Le Président

Jean Paul ESCOFFIER

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