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Dernière mise à jour :
samedi 24 juin 2017





   
Avez-vous lu TOUT le discours de Nicolas Sarkozy à l’Université de Dakar ?
Sa copie méritait une très mauvaise note...
vendredi 19 octobre 2007
Les médias en ont donné des extraits qui ont suscité chez les anti-colonialistes des poussées d’urticaire, tant mépris et condescendance transpiraient à tout propos. Il fallait, de la persévérance pour lire le tout ! Jean Louis Glory s’y est pourtant plié et nous fait profiter de ses commentaires sur cette page d’anthologie.

Il est probable que le discours prononcé par M. SARKOZY à l’université de DAKAR s’adressait plus aux Français de France qu’aux étudiants et universitaires africains venus l’écouter.

Sans cela on ne pourrait pas expliquer certaines affirmations, certains thèmes, certaines précisions qu’on trouve dans ce discours.

Ainsi M. SARKOZY nous dit : “je suis venu vous dire que l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires”. Image d’Epinal qu’une simple traversée de l’histoire ou de n’importe quel faubourg d’une mégapole africaine suffit à démentir. Ainsi, M. SARKOZY n’hésite pas à utiliser les clichés de “l’Afrique mystérieuse”auxquels même les tours opérators les moins respectueux de l’intelligence de leur clientèle ont renoncé : “mystère de l’Afrique” “foi mystérieuse” “ils ont désenchanté l’Afrique” les “mystères qui venaient du fond des âges” “imaginaire merveilleux” “temps du mystère”.

Ainsi, évoquant les souffrances de “l’homme noir” provoquées par l’esclavage, il se croit obligé de préciser : “je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale”. A qui pense-t-il s’adresser ? Nous sommes à l’université de DAKAR !

De même, on peut penser que l’interlocuteur véritable est le public français lorsque, s’inspirant sans doute de travaux déjà anciens sur la constitution de la temporalité chez les membres de communautés vivant d’une agriculture de subsistance, il déclare : “le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles”.

Puis, il glisse hardiment du paysan à l’homme africain en général : “jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin”. “ Le problème de l’Afrique, il est là... Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire... Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé”.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance”. Nous y sommes, il s’agit du thème du « grand enfant » repris plus loin : “l’Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu’ils avaient partagé la même enfance. L’Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin [...] de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d’être en harmonie plutôt que d’être en conquête.”

Aussitôt après il n’hésite pourtant pas à dénoncer : “ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants” comme oublieux de ce que la « Grèce antique avait aussi ses mythes, ses sorciers, ses devins ». M. SARKOZY visiblement ne comprend pas le sens du mot arriéré puisqu’il est précisément en train de dire que l’Afrique est restée en arrière, qu’elle est restée fixée dans l’équivalent de notre Antiquité, c’est à dire dans l’enfance de l’Humanité selon la terminologie utilisée lors de la querelle des Anciens et des Modernes au 17ème siècle. C’est cette représentation selon laquelle le développement de l’espèce humaine reproduit le développement de l’individu et réciproquement (ce qu’ENGELS appelait le "théorème" de HAECKEL) qui a fourni des justifications aux colonialistes les mieux intentionnés : le sauvage comme l’enfant est ignorant, innocent, immature. C’est à dire qu’il est dans une triple dette : dette quant au savoir, quant aux valeurs, quant à la volonté. Il doit donc être instruit, éduqué, dressé ou, si l’on préfère, discipliné par l’adulte : c’est à dire le colonisateur. Or, instruire, éduquer, discipliner un enfant n’est pas un choix ni un droit pour des parents, c’est un devoir. D’où la bonne conscience d’un certain nombre de participants aux entreprises coloniales.

Certes, M. SARKOZY n’est pas “venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes”, il martèle quatre fois que : “les Européens [...] venus en Afrique en conquérants ... ont eu tort”". Il reconnaît que : “le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.” Mais c’est pour ajouter aussitôt : “Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges ..”. M. SARKOZY joue ici sur les facilités de langage qui nous font dire, par exemple, que Louis XIV a construit le château de Versailles !

Et, d’ajouter : “La colonisation ... n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution”.

Il s’agit d’une énumération presque exhaustive des maux dont souffre l’Afrique. Sauf qu’à chaque terme de l’énumération il est très facile de montrer, preuves à l’appui, que c’est précisément la colonisation et son prolongement néo-colonial qui en sont responsables !

M. SARKOZY en vient enfin au problème de l’émigration. Et, voilà que l’homme africain qu’on nous a présenté incapable d’échapper à l’éternel retour du présent et vivant en symbiose avec son milieu naturel, nostalgique de son passé, se transforme en aventurier ! : "“Je crois que la jeunesse africaine s’en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde. Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l’aventure et du grand large"...

Suivent des considérations qu’on ne peut qu’approuver : “Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on prenne son avenir en main, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place.” Après un bref coup de patte aux expériences "“socialistes” africaines : “l’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme ...” M. SARKOZY propose une “autre mondialisation” capitaliste, “avec plus d’humanité, plus de justice, plus de règles”. On n’est plus dans le thème colonial mais dans celui du capitalisme modéré et du « juste salaire » cher aux socio-démocrates et aux socio-chrétiens. Cela n’a rien d’indigne mais semble bien en contradiction avec les mesures prises par le gouvernement de M. SARKOZY à l’égard des travailleurs français et avec son amitié affichée avec M. BOLLORE !

On n’est plus dans le thème colonial mais dans celui du capitalisme modéré et du “juste salaire” cher aux socio démocrates et aux socio chrétiens. Cela n’a rien d’indigne mais semble bien en contradiction avec les mesures prises par le gouvernement de M. SARKOZY à l’égard des travailleurs français et avec son amitié affichée avec M. BOLLORE !

Au total, un discours nourri des pires clichés de l’idéologie coloniale, témoignant parfois d’une étrange méconnaissance des réalités africaines et qui ne vise qu’à signifier aux Français et, accessoirement, aux Africains eux-mêmes que les Africains sont les seuls responsables de leur présent et de leur avenir.

Voilà qui augure mal de l’Eurafrique citée en fin de discours.

Jean Louis GLORY