ACCUEILL’AFASPA vous conseille...EVENEMENTS CULTURELS
Dernière mise à jour :
jeudi 20 juillet 2017





   
EXPO au MAM de Paris jusqu’au 9 septembre 2007
KARA WALKER : "MON ENNEMI, MON FRÈRE, MON BOURREAU, MON AMOUR"
Exposition, du 20/06/2007 au 09/09/2007, MAM-Musée d’Art moderne de la Ville de Paris /ARC, 11 avenue du Président Wilson, 75016 Paris (M° Iéna). Mardi-dim. 10-18h /ven-sam. jusqu’à 20h (tél. : 01 53 67 40 00) Entrée : 4,50/2,20€.
mercredi 29 août 2007

KARA WALKER : "MON ENNEMI, MON FRÈRE, MON BOURREAU, MON AMOUR"


Présentation tirée de "AFRICULTURES" (www.africultures.com)

"LA NOIRCEUR FÉMININE DE KARA WALKER", article de Gérald Arnaud publié le 28/08/2007

(http://www.africultures.com/index.asp ?menu=affiche_article&no=6844)


État d’urgence : il vous reste peu de temps (jusqu’au 9 septembre 2007) pour vous précipiter au Musée d’art moderne de la Ville de Paris et vous prendre en pleine gueule l’œuvre angoissante, dérangeante, grandiose et jubilatoire de la jeune artiste "africaine-américaine" Kara Walker. Ne manquez surtout pas cette exposition bouleversante, magnifique, que les médias de la place ont beaucoup trop ignorée.

C’est pourtant à ma connaissance la première fois qu’un grand musée parisien consacre un espace aussi vaste à un(e) artiste noir(e). On se demandera sûrement un jour pourquoi cette exposition a attiré aussi peu l’attention. Ce dimanche matin, nous étions à peine une dizaine à nous émerveiller devant le génie de Kara Walker. Au guichet une pancarte vous prévient : "certaines œuvres peuvent heurter la sensibilité du visiteur". Au moins, sont-elles toutes là, les œuvres. Car à la Walker Art Collection de Minneapolis, où j’avais découvert Kara Walker (simple homonymie), la censure avait mieux fait son boulot !

Il faut dire que Kara, comme l’eut dit Alphonse Allais, "n’y va pas avec le dos de la main-morte". Si les mots "humour noir" ont encore un sens, chez elle ils en ont plusieurs, et même les plus aguerris seront désarçonnés, voire déstabilisés par la cruauté de certaines scènes.

Scènes ? Oui, car il s’agit bien de ce "théâtre de la cruauté" tel qu’Antonin Artaud en rêva en vain jusqu’à la folie et au suicide. Sauf que celui de Kara Walker n’est pas que le sien. Dans toute son œuvre, elle fait fi de son ego et identifie sa propre vie à toutes les phases du destin de la femme afro-américaine depuis le temps de l’esclavage.

Tout au long de l’exposition, on est baladé entre les époques, on ne sait jamais si on est au XVIII° ou au XXI° siècle, et c’est sans doute là l’un des objectifs de Kara, de nous rappeler que l’esclavage, pour les femmes surtout, n’a jamais fait partie du passé. Jamais il n’a été revécu et représenté avec une telle intensité, une telle crudité, et en même temps un tel raffinement obsessionnel. L’esclavage, pour une femme c’est aussi et avant tout le viol, sujet tabou encore aujourd’hui dans les livres d’histoire, mais pas dans l’œuvre de Kara, où ce cauchemar est omniprésent et figuré avec la plus extrême violence.

Kara Walker est par ailleurs une artiste d’une délicatesse et d’une précision (voire parfois d’une préciosité) éblouissantes dans toutes les techniques qu’elle utilise. Ses aquarelles ont les éclats inquiétants des "caprichos" de Goya. La plupart d’entre elles tentent de représenter des fantasmes et des rêves insensés, avec une outrance délibérée.

Il y a d’ailleurs visiblement chez Kara Walker une volonté sadienne de tout dire, de tout montrer à tout prix. De tout écrire aussi, car ses nombreux textes ne sont pas la moindre partie de cette exposition. Entre autres ces lettres sublimes qu’elle adresse à un ex-amant aux yeux bleus dont on devine qu’il l’a bien aidée mais pas assez aimée.

L’exposition fait la part belle à la technique favorite de Kara Walker : ses cartons et papiers découpés. Ces silhouettes noires sur fond blanc pourraient n’être que des caricatures calquées sur son "hystérie paranoïaque" (ces mots sont d’elle), or il n’en est rien. Au contraire, les personnages qu’elle met en scène, quoique dépourvus de couleurs et de visage, nous bouleversent par leur humanité. C’est indescriptible, il faut vraiment le voir pour le croire. Sur son lit de mort, le vieux Matisse dont les doigts ne pouvaient plus peindre avait ainsi fabriqué son dernier chef-d’œuvre, "Jazz", en découpant des petits bouts de carton et de papier. Kara Walker a fait de cette technique minimaliste sa propre signature, en jouant sur le contraste noir/blanc qui la hante.

Je ne trouve cependant pas vraiment convaincante la façon un peu appuyée dont elle revisite et détourne (en y superposant ses découpages) de vieilles gravures du temps de la Guerre de Sécession.

Le point culminant de son art aussi génial que juvénile se trouve dans ses merveilleux petits films d’animation, qu’elle bricole en faisant danser des marottes devant une lanterne magique : le seul cinéma qui existait déjà au temps de l’esclavage, qu’elle adapte à notre époque ! Ces brèves saynètes dignes des chefs-d’œuvre de Méliès, qui font d’elle une admirable cinéaste résument avec une ironie féroce toute l’histoire des "négresses d’Amérique", histoire tragique qui d’après elle ne serait donc pas tout à fait la même que celle des "nègres".

On s’en serait douté, mais il vaut mieux le rappeler, car c’est le sujet principal de toute l’œuvre de Kara Walker, la première artiste-femme qui nous fait toucher du doigt la douleur des Africaines-américaines.

Au-delà de cette sombre histoire, cette exposition (qui vous réserve bien d’autres surprises) est avant tout passionnante parce que du début à la fin, elle nous fait vivre les rêves et les luttes d’une personne que le hasard a fait naître "femme" et "noire", mais dont l’œuvre fait désormais partie du patrimoine universel.

Alors tant pis pour ceux dont elle heurtera la sensibilité !

Gérald Arnaud


Avis de Télérama

(http://www.telerama.fr/art/seance.php ?id=2329829)

"Mêlant relecture de l’histoire de l’esclavage et du ségrégationnisme, invoquant la sexualité et le pastiche, les dessins et silhouettes de papier en théâtre d’ombres, l’art de l’Américaine Walker peut dérouter par sa volontaire pédagogie et son discours d’agit-prop soyeux."


Images jointes à cet article :
  • Taille : 250 par 381
  • Poids : 16.2 ko
  • Titre : Kara Walker, Cut, 1998. Découpure de papier noir. 223,5 x 137,2 cm
  • Format : JPG
 
Dans la rubrique :
  1. Spectacle "NÉGRITUDES, BALADE POÉTIQUE", au Local, Paris 11ème
    4 août 2006

  2. JOURNEE CULTURELLE - Librairie ISHTAR -
    22 mars 2007

  3. CONCERT EXCEPTIONEL : DECOLONISONS !
    10 mai 2007

  4. 22 juin 2007, à partir de 17h30 : LA PREMIERE NUIT CONTRE LA FRANçAFRIQUE sur ZALEA TV (canal 79)
    22 juin 2007

  5. AFRICARE : un spectacle à ne pas manquer
    12 juillet 2007

  6. BAMBI - Elle est noire mais elle est belle
    11 août 2007

  7. KARA WALKER : "MON ENNEMI, MON FRÈRE, MON BOURREAU, MON AMOUR"
    29 août 2007

  8. AFRICAMANIA à La Cinémathèque
    6 février 2008

  9. Thomas SANKARA : la lutte en marche
    14 octobre 2008

  10. "UN ALLER SIMPLE POUR MAORE" à l’Espace St Michel
    5 février 2009

  11. Africabezons, du 2 au 4 avril à Bezons
    27 mars 2009

  12. "47" dans le NEUF-TROIS
    20 mars 2010

  13. 50 ans d’Afriques : 50 films pour le cinquantenaire des Indépendances africaines
    17 mai 2010

  14. Projection d’un film et Grand Concert Solidaire avec les populations du sud de Madagascar
    10 février 2011

  15. Exposition "ICI ET AILLEURS" du peintre Francis Mbella
    20 avril 2011

  16. MONGO BETI PARLE
    14 juin 2011

  17. LE BAL ANTICOLONIAL
    20 juin 2011

  18. "Who’s Afraid ?" exposition de Bruce Clarke
    9 octobre 2011

  19. Présentation du film "La Génèse" de Cheick Oumar Sissoko
    24 octobre 2011

  20. vous invitent à la présentation du film "TERRITOIRE PERDU" de Pierre-Yves Vandeweerd
    4 janvier 2012

  21. L’Exposition PARIS EN GUERRE D’ALGÉRIE
    31 décembre 2012

  22. LA REVOLUTION SANKARA
    24 janvier 2013

  23. Le metteur en scène sud-africain Mpumelelo Paul Grootboom
    9 décembre 2013

  24. L’exposition de BruceClarke "DISTANT VOICES"
    10 décembre 2013

  25. 10ème édition de la Semaine anti-coloniale et anti-raciste
    3 février 2015

  26. MASSACRE COLONIAL A THIAROYE 1944
    17 février 2015

  27. Hommage à deux militants anticolonialistes Henri Martin et René Vautier,
    16 mars 2015

  28. 29 mai à Bagnolet, Soirée (de 17h à 23h) sur le thème : "L’esclavage, hier et aujourd’hui"
    26 mai 2015

  29. Sortie nationale du film "Qui a tué Ali Ziri ?" de Luc Decaster
    5 octobre 2015

  30. Sortie nationale du film "ADAMA" de Simon Rouby scénario de Julien Lilti
    15 octobre 2015

  31. Machin la Hernie de Jean Pierre Delore d’après le texte de Sony Labou Tansi
    6 avril 2016

  32. Concert de soutien au rappeur angolais Luaty Beirão
    9 juin 2016

  33. CAMEROUN : Résistances d’hier et d’aujourd’hui
    26 avril 2017

  34. Sortie en France de "SONGS FOR MADAGSCAR", documentaire malgache de Cesar Paes
    24 juin 2017