ACCUEILL’Afrique bouge> Madagascar
Dernière mise à jour :
mercredi 11 octobre 2017





   
MADAGASCAR : ABSENCE DE DIALOGUE SUR LE PROJET MINIER DE RIO TINTO À TAOLAGNARO (EX-FORT-DAUPHIN)
lundi 9 juillet 2007

Madagascar : ABSENCE DE DIALOGUE SUR LE PROJET MINIER DE RIO TINTO À TAOLAGNARO (EX-FORT-DAUPHIN)


Le dépôt de la première pierre du port dédié d’Ehoala à Fort-Dauphin a été fait par le président Marc Ravalomanana le mardi 12 juin 2007. La télévision nationale a fait un matraquage médiatique pour annoncer qu’Ehoala sera le plus grand port de l’Océan Indien. Par civisme, il est bon d’informer le grand public d’une autre voix pour expliquer les enjeux afin d’ouvrir un dialogue sincère pour l’avenir socio-économique de Madagascar.

Avec la situation du Port d’Ehoala (à 10 km à vol d’oiseau du centre-ville de Fort-Dauphin), la commune urbaine de Fort-Dauphin est en train de devenir un centre urbano-portuaire sous l’impulsion d’une seule entreprise étendue, QMM S.A., dont l’actionnaire majoritaire (80%) est Rio Tinto (une des plus grandes transnationales dans l’exploitation de minerais et de diamants dans le monde). Pour ceux qui arrivent difficilement à comprendre tous les enjeux, il suffit de voir sur les sites Internet : "Rio Tinto" ou exploitation minière de Richards Bay en Afrique du Sud. Pour le projet minier de Fort-Dauhin en question, il y a eu tellement de publications dont celle de la FISEMA et un forum de discussion sur Wanadoo Madagascar.

Ehoala servira à accueillir des bateaux minéraliers pour exporter du sable composé d’ilménite et de zircon. L’infrastructure va coûter environ 140 millions de dollars(estimé à 67 millions en 2001) dont 35 millions au nom du gouvernement malgache mais avancé par la Banque Mondiale. Aucune information n’est avancée sur le financement des infrastructures annexes pour être un complexe plurifonctionnel pour les navires à conteneurs ou les soi-disant paquebots. Et toute installation d’une zone industrielle attenante nécessite de l’énergie suffisante et à bon marché. La question se pose ainsi sur la participation malgache : Est-ce encore par des emprunts au nom du peuple malgache ? Les 105 millions de dollars seront-ils encore un fruit d’un montage financier d’emprunts sur d’autres places financières ? Et pourquoi Rio Tinto est-elle la société mère du port d’Ehoala pendant toute la durée de l’exploitation minière de plus de 60 ans ? Pour résumer cette série de questions, la transparence qui est un des piliers de la bonne gouvernance doit être une culture encore à développer par les dirigeants de QMM et du gouvernement. La suspicion et l’absence de dialogue social sincère sont sources de polémiques et de conflits. Le fait d’informer les gens ne signifie, en aucune manière, une "consultation publique" tant que les rencontres sont en sens unique pour imposer les propositions de Rio Tinto. L’Afrique connaît tellement le syndrome hollandais, où les sites miniers ont engendré plus de conflits pouvant aller aux guerres civiles.

Ce n’est pas en diabolisant ou en marginalisant les esprits critiques qu’on va arriver à un développement participatif et durable de Madagascar en général et, de la région de l’Anosy, en particulier. Le projet de Rio Tinto doit être vu, au premier abord, sous deux angles : l’exploitation minière et l’installation d’un port à proximité d’une ville de 60.000 habitants. Le projet d’exploitation minière du sable noir se fera sous une couverture végétale à très forte biodiversité endémique. Le site est une zone habitée par une population locale installée depuis plus de mille ans. Pour mieux comprendre l’exploitation minière prévue, il suffit de visiter une mine fonctionnelle plus de 25 ans en Afrique du Sud à Richards Bay (RBM) ou un site récent au Kenya à Mombassa. RBM emploie actuellement environ 2.200 travailleurs spécialisés pour une production de 1,2 millions de tonnes par an. A Madagascar, QMM n’envisage d’exploiter sur une superficie de 6.000 ha en phase de croisière que 750.000 tonnes par an, mais cela dépendra du marché. Depuis l’existence de QMM en 1989, cette entreprise n’a pas encore officialisé les différents types de métiers pérennes avec les formations adéquates pour se former ou permettre aux Malgaches de se positionner. En cette année 2007, un inventaire estimatif de travailleurs étrangers présents à Fort-Dauphin est de 200 expatriés de toutes les nationalités avec des salaires largement supérieurs à ceux des travailleurs malgaches. Tous les travailleurs malgaches de tous les secteurs d’activités subissent l’effet de l’inflation engendrée par la forte présence d’étrangers à cause d’une exploitation future de la terre des ancêtres. Les sacrifices de 1947 étaient pourtant axés sur l’abolition de la colonisation du Tanindrazana (la "terre des ancêtres") et l’amélioration des conditions de vie des indigènes.

Pour atténuer les mécontentements des Malgaches, Rio Tinto utilise le service d’une équipe de collaborateurs malgaches pour faire du "marketing social" de façade avec des projets communautaires conditionnés pour cacher le non-paiement de fiscalité foncière et minière. Pourtant, Rio Tinto a gelé ou conditionné tout autre investissement sur 9 communes couvrant 100 km de littoral. Actuellement Rio Tinto a donc gagné sur tous les points : convention d’établissement votée à l’Assemblée Nationale, autorisation environnementale accordée par le Ministère de l’Environnement et, pas la moindre, l’exploitation exclusive d’un port en eau profonde pour toute la durée de l’exploitation minière. Face à tout cela, le peuple malgache doit réfléchir sur le reste à gagner ; sans oublier que, dans la convention d’établissement, il est inscrit une protection des travailleurs expatriés tandis que les travailleurs locaux seront régis par le code malgache du travail inadapté pour le contexte. Les partenaires sociaux n’ont jamais eu l’occasion de faire un débat sans pression ou d’être entendu sur le projet de Rio Tinto. Le gouvernement malgache montre pourtant avec fierté aux rencontres internationales son adhésion au processus du dialogue social et aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Pour le port, malgré le peu d’information mise à disposition du public, on peut avancer que la configuration sera un quai d’environ 8 mètres de profondeur avec des infrastructures pour des bateaux minéraliers de 35.000 tonnes. Ehoala sera un quai privé avec une limitation d’exportation de produits et d’utilisation, et qu’il a fallu 15 ans pour trouver son financement. Pour le moment, il est difficile de voir les effets multiplicateurs sociaux de l’exploitation minière. Il est grand temps de mettre en place un dialogue sincère et permanent qui est vital pour prévenir des incidences négatives et pour améliorer les conditions de vie des Malgaches de cette partie de l’île. La société médiévale de la région de l’Anosy est en train de se transformer en une société industrielle. Les mécontentements publiés périodiquement dans la presse prouvent que la population n’a pas été préparée à cette évolution.

Pour conclure, un regain de patriotisme devrait désormais se réveiller pour réfléchir sur la position commune du peuple malgache face au néo-libéralisme sauvage et à la non maîtrise de l’exploitation de nos ressources minières. Le prolétaire de la région de l’Anosy survit tandis que les cadres malgaches n’arrivent plus à faire des épargnes dans son propre pays, à cause d’un minerai. Le sable noir est en train de devenir une source de pauvreté au lieu d’être une source de prospérité. C’est ce qu’on peut appeler du néo-colonialisme par le capital, nécessitant encore une nouvelle lutte de classes face à un apartheid social et salarial.

Un vrai projet de société doit être établi par et pour les Malgaches. Sinon les grands projets miniers tels que RIO TINTO, DYNATEC, PAM Corp... n’ont pas leur raison d’être. Les organisations syndicales, et la FISEMA en particulier, ne cherchent qu’un consensus tripartite "gagnant-gagnant" pour les travailleurs, la population et les générations futures. Le manque de débat et le développement d’injustices sociales entraînent le recours à d’autres moyens dont les syndicats ne veulent pas, sauf en cas d’entêtement des hauts responsables de l’Etat et des décideurs d’entreprises.

30 juin 2007

José RANDRIANASOLO et Toky RAVOAVY

(FISEMA, Confédération générale des syndicats de travailleurs de Madagascar)


Dans la rubrique :
  1. Vient de sortir : "Ho tonga anie ny Fahafahana ! QUE VIENNE LA LIBERTÉ !", de Gisèle RABESAHALA
    27 juillet 2006

  2. 70ème ANNIVERSAIRE DU SYNDICALISME MALGACHE : Colloque syndical international sur "LES DÉFIS DU SYNDICALISME MALGACHE FACE AUX CHANGEMENTS DANS LE MONDE", les 10 et 11 août à Antananarivo
    29 juillet 2006

  3. COLLOQUE INTERNATIONAL DU 70ème ANNIVERSAIRE DU SYNDICALISME MALGACHE : "LES DÉFIS DU SYNDICALISME MALGACHE FACE AUX CHANGEMENTS DANS LE MONDE" (Antananarivo, 10-11 août 2006)
    5 septembre 2006

  4. DECLARATION DE L’AKFM (Parti du Congrès de l’Indépendance de Madagascar) à propos des événements d’avril 2007
    14 mai 2007

  5. DECLARATION COMMUNE DES ORGANISATIONS SYNDICALES MALGACHES sur les dispositions sociales des projets de lois sur les investissements à Madagascar et sur les Zones et Entreprises Franches
    9 juillet 2007

  6. MADAGASCAR : ABSENCE DE DIALOGUE SUR LE PROJET MINIER DE RIO TINTO À TAOLAGNARO (EX-FORT-DAUPHIN)
    9 juillet 2007

  7. DES PEINES CAPITALES ET DES EMPRISONNEMENTS POUR L’EXEMPLE ?
    16 janvier 2008

  8. LIBERTÉ POUR LES PAYSANS MALGACHES D’ANKORONDRANO-ANALAVORY CONDAMNÉS (dont 13 à mort !) POUR AVOIR REFUSÉ DE SE FAIRE "DÉSQUATTERISER" EN AOÛT 2006
    24 juin 2008

  9. PÉTITION "POUR LA LIBÉRATION DES PAYSANS MALGACHES CONDAMNÉS" (Voir plus bas le RAPPEL DES FAITS) / PETITION "FREE THE CONDEMNED MALAGASY PEASANTS" (See below the REMINDER OF THE FACTS)
    3 septembre 2008

  10. Censure sur le crime colonial de 1947 à MADAGASCAR
    26 novembre 2008

  11. Plus de 2000 SIGNATURES ENREGISTREES du monde entier. La campagne pour la libération des paysans continue : Exprimez votre solidarité, SIGNEZ ET FAITES SIGNER ! / MORE THAN 2000 REGISTERED SIGNATURES from all the world. MRS BAKOLALAO RAMANANDRAIBE RANAIVOHARIVONY, MALAGASY MINISTER OF JUSTICE, HAS NOT YET DEIGNED TO ANSWER OUR MAIL OF JULY 4TH, 2008. The campaign goes on : Express your solidarity, SIGN AND MAKE SIGN ! * * * PÉTITION "POUR LA LIBÉRATION DES PAYSANS MALGACHES D’ANKORONDRANO-ANALAVORY CONDAMNÉS" (Voir plus bas le RAPPEL DES FAITS) / PETITION "FREE THE CONDEMNED MALAGASY PEASANTS OF ANKORONDRANO-ANALAVORY" (See below the REMINDER OF THE FACTS)
    18 décembre 2008

  12. LE PEUPLE MALGACHE AU DÉFI DE NOUVELLES FORMES DE NÉOCOLONIALISME AGRAIRE
    26 décembre 2008

  13. MADAGASCAR : L’AFASPA COHÉRENTE ET CONSÉQUENTE
    9 mai 2009

  14. INCENDIE INACCEPTABLE DU SIÈGE DE L’AKFM
    29 décembre 2010

  15. BRADERIE DES TRAVAILLEURS MALGACHES ET DES RICHESSES NATURELLES. L’avenir de Madagascar est en jeu
    22 avril 2011

  16. Madagascar : Gisèle Rabesahala, mère Courage et « Mère de la nation », s’est éteinte à 82 ans à Antananarivo le 27 juin 2011
    29 juin 2011

  17. QUAND LES « COLONS » DICTENT LEURS LOIS !
    12 novembre 2011

  18. MADAGASCAR : DES « INDIGNéS » CONTESTENT LES PRATIQUES POLITIQUES
    22 novembre 2011

  19. Madagascar. Lettre ouverte de la société civile concernant l’exploitation de l’ilménite à Manakara
    31 décembre 2011

  20. Fuites de dioxyde de soufre à l’usine d’Ambatovy
    8 avril 2012

  21. Lettre de l’AKFM (Parti du Congrès de l’Indépendance de Madagascar) à Marius FRANSMAN, Vice-ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, Chef de la Délégation de la Troïka de la SADC
    20 août 2012

  22. Le 28 septembre, 19h, à Paris - Projection-Débat : "Madagascar : L’insurrection de l’île rouge"‏
    26 septembre 2012

  23. MADAGASCAR : DES PRÉDATIONS À GRANDE ÉCHELLE DU SOUS-SOL
    29 octobre 2012

  24. Projection du film « Je veux ma part de Terre - Madagascar » de Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, suivie d’un débat sur « Les accaparements de terres à Madagascar et les luttes actuelles »
    11 avril 2013

  25. « Accaparements des terres à Madagascar : Echos et témoignages du terrain - 2013 »
    16 novembre 2013

  26. Invitation à une PROJECTION du documentaire « Je veux ma part de terre. Madagascar » en présence de Perle ZAFINANDRO
    11 avril 2014

  27. 14 JUILLET 2016 : MOBILISATION CONTRE UN PROJET MINIER ET RÉPRESSION à SOAMAHAMANINA (MADAGASCAR)
    17 juillet 2016

  28. SOAMAHAMANINA, MADAGASCAR : MOBILISATION POPULAIRE et ARRESTATION des RESPONSABLES de l’association VONA ce 22 septembre 2016
    23 septembre 2016

  29. APPEL A LIBéRER LES RESPONSABLES DE L’ASSOCIATION VONA qui regroupe les représentants des communautés locales opposées au projet d’exploitation minière à Soamahamanina - Madagascar
    28 septembre 2016

  30. JYUXING MINES « JETTE L’ÉPONGE »... QUI VIVRA VERRA !... EN TOUT CAS, QUID DES MILITANTS INCARCÉRÉS ?...
    10 octobre 2016